
Traduit de l’anglais par Paul Decottignies
Les éditions Arfuyen ont déjà publié deux romans d’Elizabeth von Arnim : Un été en montagne (2024) et L’Éclatante Beauté de Sally (2025). Ce troisième roman, L’Histoire de Christine, lui aussi inédit en français, est sans doute le plus personnel mais aussi le plus politique de son œuvre. Il montre une nouvelle facette de cette écriture extraordinairement diverse – plus profonde, plus grave, mais toujours brillante, sensible et généreuse.
H. G. Wells considérait, dit-on, Elizabeth von Arnim comme « la femme la plus intelligente de son temps ». De plus, ayant épousé un aristocrate prussien en 1891 et ayant vécu à Berlin et en Poméranie durant de longues années, elle connaissait la société du Reich mieux que personne. Loin de la propagande, ce texte paru en 1917 est donc l’un des témoignages les plus lucides et les plus sensibles qui ait été écrit sur la guerre fratricide qui a frappé l’Europe en 1914-1918. La « der des der », disait-on après l’Armistice. Mais cette même guerre a recommencé en 1939. Est-elle aujourd’hui à la veille de reprendre ?
Cette déchirante Histoire de Christine, publiée en pleine guerre, en 1917, est le seul roman qu’Elizabeth von Arnim ait signé d’un pseudonyme, Alice Cholmondeley. Si Elizabeth von Arnim est ici particulièrement juste et émouvante, c’est qu’elle y raconte l’histoire de sa propre fille, Joyce, morte en Allemagne l’année précédente, en 1916, à 16 ans. Malgré cela, aucune sensiblerie, mais une pudeur et une élégance admirables, jusque dans le choix d’un pseudonyme pour cet unique livre.
Berlin, 1914. Christine est une jeune violoniste dont les dons exceptionnels ont été encouragés par les plus grands virtuoses internationaux comme le Belge Eugène Ysaÿe ou l’Austro-Hongrois Joseph Joachim. Elle vient poursuivre ses études à Berlin auprès du « grand » Kloster : « Être conduite par Kloster à travers les merveilles de Bach, c’était comme si quelque grand ange me prenait par la main et me menait à travers le ciel. »
Malgré l’étroitesse d’esprit de sa logeuse, Frau Berg, et le ridicule conformisme de bien des personnes qu’elle rencontre, Christine se sent accueillie à bras ouverts : « L’Angleterre est notre alliée naturelle, s’émerveille un pasteur, le cigare à la main. Elle a le même sang, la même foi, la même couleur. Les races blondes sont, comme l’aurore, destinées à chasser les ténèbres. »
Pieuses et sanglantes sottises. Bientôt l’archiduc d’Autriche est assassiné à Sarajevo, et, dans tous les esprits, il n’y a plus de pensée que pour la guerre. « Mais contre qui ? ai-je demandé, fascinée, assise droite dans mon lit, les bras autour des genoux. – Elle viendra, a dit Frau Berg, piétinant comme une énorme prophétesse qui flaire le sang. Elle doit venir. Il n’y aura pas de paix dans le monde tant que le sang n’aura pas coulé. » Quand Christine se fiance à un jeune officier allemand et que l’Angleterre déclare la guerre à l’Allemagne, la situation devient intenable. Soudain pestiférée, la jeune fille n’a plus qu’à s’en fuir vers la Suisse – s’il en est encore temps.
Coll. Le Rouge & le Noir — 2026 — 208 p — ISBN 978-2-845-90414-9 — 17 €
