Sur Le vol du loriot

MAMBRINO

La lecture de Jean Mambrino 

Extraits de l’article sur Le vol du loriot paru dans la Revue alsacienne de littérature en janvier 2006 

Un enfant accroupi au-dessus d’une fourmilière pense peut-être que le ciel nous regarde de la même manière. Comment le rejoindre ? Ainsi s’ouvre ce petit recueil inspiré, où l’air circule partout entre les vers, entre les mots, avec une singulière liberté. Dès l’aube se présente une visitation, et chacun peut trouver « sur le seuil du matin / la cruche encore fraîche de la nuit » où bouge encore quelques étoiles. « S’il y a un mur au fond du ciel (murmure l’enfant) qu’y a-t-il derrière ? » Cette question vertigineuse le fait chuter vers le haut, dans un vol qui n’a pas de fin, une « salve de cristal » où le vol sort de l’oiseau « comme la mer sort de l’eau pendant la sieste. »

Même si un « ange adorable, dans le désordre replié de ses ailes / joue à attraper des phrases » et que l’amoureux fixe un instant sa paume sur l’épaule ferme et ronde, il file vite, à travers sa tête, dans l’épaisseur fluide de la lumière : elle s’enfonce en elle-même, où passe une face infinie qui l’attire et l’efface. Tomber dans le sans fond de la hauteur suspend la chute, car le ciel porte et berce l’instant à jamais immobile. Une « spacieuse solitude » délivre l’esprit, insinue une joie mystérieuse, dont la source demeure inconnue. Serait-ce cette fois le regard de l’ange ?

« Sa bonté foudroyante exige tout de moi. » Il y a un couloir, « tout près de l’autre monde », qui fait surgir ce chant inexplicable, et de nouveau la joie, le vol sans limite. « Une miette d’infini est tout l’infini. »

Le calice du plaisir rassemble alors la vie qu’une prière offre sur ses paumes, à l’heure où le matin vient « boire le jour à la fenêtre ». Et la poésie se dépose pour la première fois sur un mince feuillet, apprivoise la splendeur, prolonge l’émerveillement du vol. Tout devient parole, celle-ci, inspiration ailée, extase dans l’envol de l’étreinte « crémeuse », quand le poème passe, et frôle le corps de son aile de vertige, et que tourbillonne la musique. C’est l’expérience suprême. « Le ciel m’enfonce son épée dans le front. »

Le poète est identifié à cette flamme qui brûle au fond de son corps. La flamme, où le vol, traçant sa route ? Le vol est invisible, transformé par le ciel où le poète rejoint une nouvelle enfance qui plane au-dessus des mondes. « Le vol instantané » est devenu le Chant. « Le vol de l’esprit », disait la Santa Madre d’Avila. Celui-ci nous emporte avec lui.