Sur « Ainsi parlait Saint-Pol-Roux »

La lecture d’Alain Roussel

Extraits d’un article paru le 27 juillet 2022 dans En attendant Nadeau

Si l’œuvre de Saint-Pol-Roux n’est pas aujourd’hui totalement oubliée, c’est en grande partie grâce à Gérard Macé, puis à Alistair Whyte et à Jacques Goorma qui apportèrent leur contribution à l’éditeur René Rougerie : ce dernier fit en effet paraitre au fil du temps pas moins de vingt-trois volumes, très largement composés d’inédits. Quatre ans après l’ouvrage de Bruno Geneste et Paul Sanda Saint-Pol-Roux. Le cosmographe des Confins, Ainsi parlait Saint-Pol-Roux devrait inciter les amoureux de la poésie à découvrir ou redécouvrir cet auteur trop méconnu qui participa à la naissance du symbolisme et fut salué en son temps par Paul Valéry, Max Jacob, Victor Segalen et André Breton, entre autres. […]

L’œuvre de Saint-Pol-Roux est insituable. On ne peut la rattacher au symbolisme que sur une courte période, à ses débuts dans la vie littéraire. Car il se montre toujours en décalage avec son époque : « Je me sens le contemporain de gens à venir, c’est à eux que je parle », écrit-il dans une lettre à André Rolland de Renéville. Se faisant une haute idée de la littérature qu’il défend avec magnificence – il est d’ailleurs surnommé ou se fait appeler le « Magnifique » – et enthousiasme, considérant « l’Art comme un sacerdoce », il doit subir maintes critiques et moqueries auxquelles il répondra avec un humour cinglant par un poème en prose aux allures de pamphlet, « Air de trombone à coulisse ». Il est indéniable qu’il incarne avec faste l’esprit baroque par l’audace de ses images – par exemple, il désigne le chant du coq comme « un coquelicot sonore » – qui fait voler en éclats « les vieux clichés ».

L’imagination est donc l’une des clés, essentielle, de son œuvre, mais ce n’est pas la seule. S’il est un visionnaire, le « maître de l’image », il mène aussi toute une réflexion en avance sur son temps sur la poésie, adaptant le concept d’idéoréalisme de la philosophie allemande à la poésie. Si l’influence de Platon et de Plotin est déterminante chez Saint-Pol-Roux, il sait que le monde des idées et le monde des choses sont l’envers et l’endroit d’une même pièce, et il n’a de cesse de chercher des passages de l’un à l’autre – à l’affût des intersignes et des synchronicités –, de « dématérialiser le sensible pour pénétrer l’intelligible » et de cristalliser l’intelligible dans le sensible grâce aux cinq sens et au langage. Il a pu être reconnu comme un précurseur du surréalisme, mais avec une nuance qui mérite d’être soulignée : là où Breton se donne pour objectif d’exprimer « le fonctionnement réel de la pensée » dans une perspective humaine, « le Magnifique » a pour ambition de « possibiliser le divin », ce qui l’inscrit dans une démarche spirituelle, voire mystique.

Dans sa préface, Jacques Goorma, l’un des meilleurs connaisseurs de l’œuvre de Saint-Pol-Roux, montre bien la volonté du poète de sacraliser les lieux, les choses et les animaux en les baptisant en quelque sorte d’un nouveau nom : « La chaumière de Roscanvel devient à la naissance de sa fille la “Chaumière de Divine”, le manoir de Boultous à la mort de son fils, tué à Verdun en mars 1915, “Le manoir de Cœcilian”. Les personnages de Camaret, le monde familier des animaux (avec la chèvre Espérance, les chattes Vagabonde et Ténèbres, les goélands Éole et Thalassa qui viennent se poser sur la tête de Divine), les rochers qui l’entourent et que le poète contemple depuis son “rêvoir” (une étroite plateforme encastrée dans les rochers et recouverte d’herbe rase et d’où, bravant le vertige, Saint-Pol-Roux contemplait l’immensité écumante autour des Tas de Pois), tous ces éléments sont revalorisés dans son monde, recréés dans le poème de sa vie ».

Goorma nous présente l’homme tel qu’il fut, avec son côté solaire, sa parole ardente, ses affinités, ses rencontres et amitiés (Pierre Mac Orlan, Max Jacob, Victor Segalen, André Breton, Jean Moulin…), sa générosité, sa simplicité, son don de voyance, son humour, son goût de la solitude et son amour de la vie. Goorma apporte de précieux témoignages qui, en plus de son propre regard, viennent éclairer l’œuvre du « mage de Camaret ».

Sur « Un dédale de ciels »

La lecture de Marc Wetzel

Extraits d’un article paru le 28 juin 2022 sur le site La Cause littéraire

« Je marche en compagnie de mon arrière-grand-père / sur un chemin de terre dans la plaine du Forez / dans mon pays dit-il / avec cette drôle de fierté / mon ombre enveloppe la sienne / ses sandales sont couvertes de poussière / il me montre sur ses jambes ses avant-bras ses joues les éraflures / mes médailles mes blessures gagnées dit-il / contre l’écorce l’ongle des arbres dans le verger voisin / je vole les pommes / je les tiens / lui et sa fierté / par la main… » (p. 26).

La plupart des ancêtres sont, logiquement (par l’âge, et le temps qui fait passer tout réel), ou aléatoirement (par persécutions, guerres, exils ratés, pandémies, diverses dévastations broyant les exemples qu’ils n’ont souvent pas eu loisir de devenir) morts : ils marchaient devant nous (leurs descendants), mais ont disparu, comme tombés dans des trous, eux-mêmes à leur tour cachés. Avant-garde désormais évanouie, et comme devenue indétectable sur un sol que nous arpentons à neuf, et sans leur sensible épaisseur : prédécesseurs à jamais privés de tout présent autre que le leur. Deux possibilités seulement, dès lors : les inviter fantasmatiquement dans notre présent, se déporter nostalgiquement dans ce que et ce qui fut le leur. Benoît Reiss choisit, cavalièrement, résolument, jubilatoirement, la seconde : le parti-pris à la fois grandiose et dérisoire du puzzle de la famille posthume. […]

C’est donc un auteur, qui, fondamentalement, fait place (à d’autres), et même leur redonne une place d’être perdue : il ne « s’efface » pas pour autant, il vient plutôt voir comment leurs tableaux s’écrivaient. Il pousse les milliers de portes d’entrée du labyrinthe (le dédale de ce que ceux qui lui ont donné vie ont reçu, en leur temps, d’elle) – et nul n’entre pourtant de gaieté de cœur dans un endroit construit pour en masquer la sortie ! Mais c’est un dédale de ciels, et il n’y en a qu’un : regroupant les ciels, il les laisse s’éclairer l’un à l’autre. […]

Page après page, ces souvent inconnus les uns des autres jouent, grâce à lui, ensemble : à toutes sortes de jeux – aux normes délicieusement hybrides, aux règles superbement mêlées ! Guides infaillibles, à la fois purs (exclusivement faits de leur mémoire) et impudiques (aucune contenance à adopter dans leur néant !) qui peuvent, extraordinairement, se prendre eux-mêmes à l’âge qu’ils veulent, et donner ainsi à conserver leurs vénérables petits métiers et grandes manies. C’est donc clair : la poésie sauve imaginairement mieux les expériences des êtres humains que ne le font réellement la chronique, l’almanach et l’histoire culturelle. […]

Toujours ces sortes de clampins tutélaires, ranimés par l’auteur (et, en réalité, toujours un peu rudement secoués pour les éveiller de dormance) à divers spots de sa frondaison généalogique, nous reçoivent (aimablement) pour être sollicités là où eux-mêmes ne l’attendaient pas. Car, bien sûr, le texte leur pose des questions posthumes – qu’ils ne peuvent donc pas entendre –, pour obtenir des réponses hors d’eux écrites – qu’ils ne peuvent donc pas contrôler. Mais c’est l’amour, et lui seul, qui les marionnettise ainsi, et un pur amour, noble, désintéressé, puisqu’au mieux l’auteur vient se reperdre avec eux dans leur cheminement ruiné.

Avec, permises par ce doux et délirant procédé de mise parachutée en abyme, à l’occasion, de géniales interférences, par exemple (p. 100) entre conte et histoire lors d’une visite de Pétain (lui-même joyeusement marionnettisé), ou, dans le plus beau des ciels de ce dédale (p. 80), entre Thésée et le Minotaure. […] On l’a compris (« Aux Justes/ qui ont sauvé mes grands-parents » dit la page 4) : ce bouleversant et si mystérieux Benoît Reiss est l’aède d’une diaspora enfuie et enfouie, devant et pour laquelle il « pousse les wagons de mots » (p. 69).

Clotilde Marghieri

(1897-1981)

Clotilde Marghieri est née à Naples en 1897. Elle suit ses études secondaires dans un pensionnat situé dans une des plus belles villas médicéennes de Florence puis revient vivre à Naples. Elle étudie le latin et le russe et lit tous les auteurs français qu’elle trouve : « Pendant mes 25 premières années, écrit-elle, je n’ai lu que des auteurs français. »

En 1920, elle se marie avec l’avocat Gino Marghieri. Dans le salon de son beau-père, sénateur du royaume, elle fréquente toute l’intelligentsia antifasciste.

Elle fait à Capri la connaissance de l’écrivaine féministe Sibilla Aleramo, dont le livre Una donna a eu en Italie un vaste retentissement. Le même été, elle rencontre également la grande et scandaleuse Eleonora Duse.

Bien que toujours mariée, elle décide, en 1933 de quitter Naples pour vivre dans la villa de son père au  flanc du Vésuve. Elle y reçoit nombre d’amis italiens et étrangers, venus souvent sur la recommandation de son ami lituano-américain le fameux historien de l’art Bernard Berenson.

Elle publie des récits et des nouvelles dans différents magazines et se fait critique littéraire pour Il Mattino de Naples, puis d’autres grands journaux.

Pour s’occuper de ses enfants, elle s’installe à Rome en 1939. Ce n’est qu’en 1960 qu’elle publie son premier livre, Vita in villa (L’Île du Vésuve), que suivent en 1963 Le educande (Les Collégiennes) et en 1970 Il segno sul braccio (Le signe sur le bras).

Elle reçoit en 1974 le prix Viareggio pour Amati enigmi (Énigmes aimées).

En 1981 paraît sa vaste correspondance croisée avec Berenson. Elle meurt à Rome la même année.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN :

L’Île du Vésuve

L’Île du Vésuve

Vita in villa

Traduit de l’italien par Monique Baccelli. Préface de Gérard Pfister

Clotilde Marghieri (1897-1981) a laissé une œuvre de narratrice aussi réjouissante que raffinée. Issue de la haute bourgeoisie napolitaine, elle en a vite défié les conventions, sous l’influence notamment de la charismatique écrivaine féministe Sibilla Aleramo et du fastueux historien d’art lituano-américain Bernard Berenson, pour s’installer seule dans une vaste maison aux flancs du Vésuve. C’est cette vie libre et fantasque qu’elle raconte dans L’Île du Vésuve, le livre fondateur de son œuvre.

C’est la première fois que Clotilde Marghieri est traduite en français. Son œuvre est pourtant profondément marquée par la langue et la littérature françaises, qui ont été presque son seul univers jusqu’à ses 25 ans. La traduction de ce texte a été réalisée par Monique Baccelli, la traductrice des plus grands écrivains italiens, d’Italo Svevo à Alberto Savinio, de Giuseppe di Lampedusa à Carlo Emilio Gadda, de Cristina Campo et Alda Merini.

« Depuis quelques années je me suis retirée à la campagne. La petite maison où je vis, entre vignes et pinèdes, s’adosse au Vésuve et a devant elle le superbe décor du golfe. » C’est ainsi que commence L’Île du Vésuve. Le ton est donné. Suivent 28 courts chapitres où Clotilde Marghieri nous raconte tout simplement, mais avec une grâce, une mélancolie et un humour sans pareils sa vie dans le paysage sublime du golfe de Naples, celui de la Villa delle Ginestre où Leopardi trouva refuge à la fin de sa vie. Leurs titres ? « La Villa des Genêts », « La marquise », « La pinède vendue », «Télévision à la villa» ou « Messieurs (ou les angoisses nocturnes) ».

Marghieri, c’est avant tout cela : une liberté d’allure, une élégance d’esprit, un charme irrésistible qui donnent au lecteur l’impression de partager l’existence d’une amie. Elle aimait le ton de Colette et de Madame de Sévigné. Mais c’est tout autant Proust ou Sagan qu’on retrouve dans ces pages à bien des moments. Une même manière de capter tout à la fois la légèreté de la vie et sa tragédie.

« Les lettres que mon grand-père m’écrivait en pension, se souvient-elle, m’exaltaient à tel point que, ne sachant pas comment en profiter pleinement, comment les faire miennes, j’en découpais les passages les plus beaux et les plus touchants en lanières minuscules et après les avoir lus et relus (je les sais encore par cœur), je les mangeais. » L’écriture est ici chose vitale, mais jamais pesante ni sombre. Vivre aux flancs du Vésuve, c’est cela : célébrer sans cesse la lumière sans oublier, toute proche,  la menace.

  Coll. Les Vies imaginaires – 2022 – 192 p. – 17 € – ISBN 978-2-845-900335-7

Ainsi parlait Jean de Ruysbroeck

Dits et maximes de vie

Traduit du moyen-néerlandais et présenté par Marie et Jean Moncelon. BILINGUE

Les Éditions Arfuyen ont publié de nombreux ouvrages liés à la mystique rhéno-flamande : à côté des grands Rhénans Maître Eckhart (1260-1328), Jean Tauler (1300-1361) et Henri Suso (1296-1366), la figure majeure des Flamands est Jean de Ruysbroeck (1293-1381).

Dans la collection Ainsi parlait a paru dès 2015 un Ainsi parlait Maître Eckhart, bilingue moyen haut-allemand / français. Le volume ici consacré à son contemporain Ruysbroeck rassemble ses dits essentiels en bilingue moyen-néerlandais / français. Rappelons qu’en néerlandais a paru également dans la même collection un Ainsi parlait Etty Hillesum, consacré à celle qui fut aussi une grande lectrice des mystiques rhéno-flamands.

Bien que très audacieux dans sa pensée de l’union à Dieu, Jean de Ruysbroeck, « l’ermite de la Vallée Verte » (Groenendael), aussi surnommé par la postérité « l’Admirable », n’a pas été condamné comme Eckhart, mais au contraire béatifié. Sa chance est sans doute paradoxalement de n’avoir pas suivi d’études théologiques ni pris de grades universitaires, comme Eckhart, et de n’avoir donc pas représenté la même menace que ce dernier, prestigieux maître en Sorbonne.

La personnalité fascinante de Ruysbroeck a bien été dépeinte par Maeterlinck, qui en fut l’un des premiers traducteurs en français : « Au fond de cette obscure forêt brabançonne, son âme, ignorante et simple, reçoit, sans qu’elle le sache, les aveuglants reflets de tous les sommets solitaires et mystérieux de la pensée humaine. Il sait, à son insu, le platonisme de la Grèce ; il sait le soufisme de la Perse, le brahmanisme de l’Inde et le bouddhisme du Tibet. »

Dans son « ignorance merveilleuse », Ruysbroeck a médité l’Écriture et surtout vécu une expérience intérieure commencée jeune qu’il a décrite, dans son premier ouvrage : Le Royaume des Amants. Dès ce livre, il a défini son idéal de vie chrétienne, « la vie commune » (ghemeine leven). L’homme qui s’y adonne doit se placer « au sommet de son esprit », écrit-il, entre « la jouissance mystique et l’action ». Telle fut la vie au sein du monastère de Groenendael dont Ruysbroeck fut le premier prieur en 1349. À sa mort, en 1381, le monastère de Groenendael jouissait grâce à son impulsion d’un immense rayonnement.

    Coll.  Ainsi parlait – 2022 – 176 p. – 14 € – ISBN 978-2-845-900336-4

Remédier aux grands désordres

Un message pour l’Église

Préface de Jacques Arènes, psychanalyste. Postface d’Éric de Clermont-Tonnerre, dominicain

Cet ouvrage paraît en écho aux nombreux rapports internationaux sur les différentes sortes d’abus dans l’Église, et récemment celui de la CIASE en France. Marie de la Trinité a elle-même subi et dénoncé les abus commis par les clercs. Remédier aux grands désordres, c’est comprendre ces abus et traiter le mal à sa racine.

La dominicaine Marie de la Trinité (1903-1980) a laissé une œuvre exceptionnelle qui tout à la fois s’appuie sur une très riche expérience mystique et développe une réflexion spirituelle puissante et originale sur le christianisme et sur l’Église. L’importance de son message a été reconnue par des personnalités aussi importantes que le gand théologien suisse Hans Urs von Balthasar ou Antonin Motte, provincial de l’ordre dominicain.

Les éditions Arfuyen ont révélé l’œuvre de Marie de la Trinité à travers sept « Carnets spirituels » : Le Petit Livre des Grâces (2002), Consens à n’être rien (2002), Entre dans ma Gloire (2003), De l’angoisse à la paix (2003), Paule dite Marie (2004), Je te veux auprès de Moi (2005), Le Silence de Joseph (2007). Prenant la suite du travail d’Arfuyen, les Éditions du Cerf ont, sous la direction d’Éric de Clermont-Tonnerre, publié onze gros volumes consacrés à Marie de la Trinité : l’intégralité des Carnets (5 vol.) ; la Correspondance avec Mère Saint-Jean (3 vol.) ; la biographie écrite par Christiane Sanson ; enfin deux volumes d’études.

Un aspect essentiel de la pensée de Marie de la Trinité restait aujourd’hui à aborder : sa réflexion intransigeante et novatrice sur les rôles respectifs des prêtres et des laïcs dans l’Église.

Réflexion qui se fonde sur une expérience personnelle très douloureuse : « Je voudrais, écrit-elle, réunir tous les prêtres du monde et leur montrer en exemple vivant ce que c’est que de faire pression sur les consciences, de se substituer à elle ; de développer, pour obtenir plus de soumission, la défiance de soi-même. » Ce sont précisément de tels abus de pouvoir qui sont à l’origine des terribles scandales dénoncés ces dernières années dans l’Église.

Réflexion qui se fonde aussi sur la mission que Marie de la Trinité a reçue pour « remédier aux grands désordres». Ces désordres, autant spirituels que psychiques, viennent de conceptions erronées de la filiation, et en particulier de l’usurpation par les clercs d’une fausse paternité, entraînant « l’exaltation, transférée au plan religieux – mais souvent non purifiée – de leur sexualité masculine ».

« N’appelez personne sur la terre votre père », prescrit l’Évangile (Mt 23, 9). Pour Marie de la Trinité, le sacerdoce appartient à tous. Prêtres et religieux n’ont qu’un ministère pour le service des laïcs. C’est toute une fausse conception qu’il faut donc renverser.

 Coll. Les Carnets spirituels – 2022 – 176 p – 15 euros – ISBN 978-2-845-90341-8

Thérèse Lemoine, dite Thérèse de Jésus

(1947-1976)

Née en 1925, Thérèse Lemoine est entrée en 1947 au carmel de Lisieux. Par l’entremise de sa prieure, elle entre en 1959 en correspondance avec Le Saux, qui lui confie son projet d’un ashram de Shantivanam féminin.

Elle écrit à Jean XXIII en 1962 pour demander la permission de fonder en Inde un ermitage, permission qui lui est refusée. Mais en 1965, elle obtient son transfert au carmel de Pondichéry et s’embarque pour l’Inde.

En 1967, elle quitte Pondichéry et retrouve Le Saux. Elle ne vit plus que dans l’espoir d’être autorisée à devenir elle aussi ermite, autorisation qu’elle obtient en 1971.

Après la mort de Le Saux en 1973, elle poursuit son expérience. En 1976, le renouvellement de son visa lui est refusé. Thérèse disparaît en septembre 1976 sans laisser de trace, noyée ou assassinée.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Le Swami et la Carmélite. I – L’appel de l’Inde

Le Swami et la Carmélite

I. L’APPEL DE L’INDE

Correspondance Henri Le SauxThérèse de Jésus 1959-1968. Préface et notes de Yann Vagneux

Les éditions Arfuyen ont publié de nombreux ouvrages consacrées à la spiritualité indienne et en particulier à l’Advaïta Vedanta, de Shankara à Annamalai Swami, éminent disciple du fameux Ramana Marharshi (1879-1950).  Henri Le Saux (1910-1973), moine bénédictin devenu sous l’influence de Ramana Maharshi sage indien, s’inscrit directement dans cette lignée. Parallèlement, Arfuyen a consacré toute une série de livres à la spiritualité du Carmel, de Jean de la Croix à Madame Acarie, de Marie-Aimée de Jésus à Marie-Antoinette de Geuser. Le destin étonnant de la carmélite Thérèse de Jésus (1925-1976), alter ego féminin de Le Saux en Inde est ici présenté pour la première fois.

La très riche correspondance Le Saux-Thérèse de Jésus retrace cette aventure. C’est ici le premier volume de son édition intégrale : L’appel de l’Inde. Le second volume s’intitulera La beauté du Gange.

« Entre le 19 et 22 septembre 1976, elle disparut sans laisser de traces. On peut tout supposer : accident, mauvais coup… On ne sait rien et on ne peut rien déduire de ses lettres. » De l’étonnante destinée de Thérèse de Jésus (1925-1976), partie du carmel de Lisieux pour rejoindre en Inde Henri Le Saux (1910-1973) et disparue sur les bords du Gange, il semblait ne rien rester.

En l’espace de trois ans, de Lisieux à Pondichéry, en passant par Delhi, plus de 700 pages de lettres ont été retrouvées par Yann Vagneux, prêtre des missions étrangères et grand connaisseur de l’Inde. De cet ensemble se dégage le dialogue spirituel exceptionnel qui a eu lieu entre cette femme assoiffée d’absolu et pleine de courage et le charismatique moine bénédictin devenu en Inde swami Abhishiktananda.

« Nulle âme qui sentit l’appel réel au-dedans ne peut demeurer insensible au souffle qui passe en la tension de l’Inde vers l’absolu », lui écrit le Swami.  « Si la paix demeure au fond, écrit la Carmélite, ce n’est quand même pas sans quelque effroi que j’aborde l’aventure. Je crois que tout cela fera un bon creuset de purification. »

Henri Le Saux a laissé de nombreux ouvrages (souvent hélas épuisés) étincelants d’intelligence et de liberté intérieure. Citons Sagesse hindoue, mystique chrétienne (1965) ou Souvenirs d’Arunâchala (1978). Fondée sur la solide formation monastique des bénédictins et sur la méditation incessante des écritures chrétiennes et hindoues, son aventure spirituelle est l’une des plus fascinantes du XX° siècle.

  Coll. Ombre  –  2022  –  264 pages  –  19,5 euros  –  ISBN 978-2-845-903388

Épicure

(341 – 270 av. J.-C.)

Épicure serait né à Athènes en 341 av. J.-C. Selon une autre tradition, il serait né à Samos où son père Néoclès était un colon athénien. Sa mère, Chérestrate, était magicienne.

Épicure semble avoir été élevé à Samos.C’est dès l’âge de 14 ans que naît en lui la vocation de la philosophie. Il se rend à Athènes vers l’âge de 18 ans pour y accomplir son service militaire puis rejoint son père à Colophon, au nord de Samos, en 323 av. J.-C. C’est là qu’il suit l’enseignement de Nausiphane. 

En 321 av. J.-C., il s’installe à Mytilène et reçoit ses premiers disciples, parmi lesquels celui qui deviendra son successeur, Hermarque. Il déménage pour Lampsaque en 310 où il fait la connaissance de Colotès, Métrodore et Idoménée.

En 306 av. J.-C., il arrive à Athènes qui vient d’être délivrée de la tyrannie et achète un jardin qui devient le siège de la communauté de ses disciples. Il y mène une vie simple et frugale : « Un verre de vin lui suffisait, et il buvait de préférence de l’eau ».

Il meurt à Athènes en 270 av. J.-C. d’une rétention d’urine causée par de très douloureux calculs rénaux. Il lègue le jardin à ses disciples à la condition d’y perpétuer l’enseignement de sa philosophie et d’y célébrer chaque mois une fête en son honneur.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Ainsi parlait Épicure

Ainsi parlait Épicure

Fragments inédits extraits des Epicurea d’Hermann Usener

Textes choisis et traduits du grec et du latin  par Gérard Pfister – BILINGUE

La pensée d’Épicure n’a cessé de réapparaître dans l’histoire comme appel à une harmonie du corps et de la nature et comme antidote aux tyrannies religieuses ou pseudo-religieuses. Plus que jamais elle nous est nécessaire aujourd’hui.

Aussi n’est-il pas étonnant que cette pensée essentielle ait sans cessé été menacée de s’éteindre. Des 300 volumes qu’a publiés Épicure – plus qu’aucun auteur de l’Antiquité –, il ne restait, dès le 1er siècle de notre ère, presque plus rien.

L’œuvre a pourtant peu à peu, très partiellement, ressurgi de ses cendres. En 1533, on redécouvre dans les Vies des philosophes de Diogène Laërce les 40 Maximes capitales ainsi que les trois Lettres (à Hérodote, Pythoclès et Ménécée). En 1752, on exhume à Herculanum des fragments presque illisibles du traité Sur la nature. En 1888 enfin, on retrouve au Vatican les 81 Sentences. C’est là l’ensemble des textes qui constituent l’œuvre d’Épicure dans toutes les éditions actuelles.

Or, on ne le sait hélas pas assez, d’autres textes, très nombreux et tout aussi essentiels, se trouvent dans l’édition de référence publiée en grec et en latin par Hermann Usener en 1887 sous le titre Epicurea, mais ils n’ont jamais été traduits en français et publiés en volume.

Le présent Ainsi parlait est ainsi très différent des autres, puisqu’il ne comporte que des textes jusqu’à présent entièrement inédits en volume : 242 fragments extraits des Epicurea d’Hermann Usener qui viennent s’ajouter aux 108 fragments du corpus habituel (compte tenu des recoupements entre Maximes et Sentences). Soit un bond considérable.

Ce livre est dédié à Marcel Conche, philosophe majeur de notre temps, admirable traducteur et commentateur d’Épicure et de Lucrèce, décédé le 27 février 2022 en sa 100e année.

    Coll.  Ainsi parlait  –  2022  –  14 euros  –  ISBN 978-2-845-90334-0