Sur « Le Grand Veneur des âmes »

La lecture de Monique Pétillon

Extraits d’un article sur Le Grand Veneur des âmes paru dans Le Monde du 24 mai 2019

Poète fervent épris d’absolu, Max de Carvalho né à Rio de Janeiro en 1961 est un des grands traducteurs de la poésie brésilienne et portugaise […].

Après l’élégiaque Les Degrés de l’incompréhension (Arfuyen, 2014), qui évoquait le « dépatriement », la violence de son nouveau recueil surprend et frappe, d’emblée.

C’est au « Grand Veneur des âmes » que le poète, « tel un cerf altéré », attribue sa blessure. La prosodie abrupte, les mots fracturés, l’allusion aux derniers poèmes de Hölderlin(1770-1843), signés Scardanelli… tout exprime une douleur sauvage. […]

Mais à la révolte et à l’effroi succède une bouleversante douceur : elle se déploie dans le souvenir à demi rêvé, cette « seconde vie », selon Nerval, dont un poème avait inspiré à Carvalho le titre de sa belle revue, La Treizième. « Un jour comme la saxifrage / perce le rocher, tu fleuriras / l’hiver et je reconnaîtrai ta / joie , la radieuse tristesse de / ton dernier sourire ».

Virginia Woolf

(1882 – 1941)

Virginia Woolf est née en 1882 à Kensington (Londres) de Sir Leslie Stephen et Julia Jackson, tous deux veufs et très liés au milieu artistique. Son enfance est marquée par la Cornouaille où sa famille passe tous les étés. La mort de sa mère en 1895, de sa demi-sœur en 1897, puis de son père en 1904 l’ébranlent profondément ; elle est brièvement internée.

Elle déménage pour Bloomsbury : avec des amis se constitue le cercle d’intellectuels qui sera connu sous le nom de Bloomsbury Group. Elle épouse en 1912 Leonard Woolf, membre du groupe et publie en 1915 son premier roman, The Voyage Out.

Avec son mari elle fonde en 1917 la maison d’édition Hogarth Press qui publiera la plupart de ses œuvres. Également au sein du groupe, elle rencontre en 1922 Vita Sackville-West, avec qui elle aura une longue liaison.

En 1925 paraît Mrs Dalloway, suivi de To the Lighthouse (La promenade au phare) en 1927, The Waves (Les vagues) en 1931 et The Years (Les années) en 1937.

Elle se suicide en 1941 en remplissant ses poches de pierres et se jetant dans la Ouse. Elle laisse une note à son mari : « J’ai la certitude que je vais devenir folle : je sens que nous ne pourrons pas supporter encore une de ces périodes terribles. Je sens que je ne m’en remettrai pas cette fois-ci. »

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Ainsi parlait Virginia Woolf

Ce qui n’a pas de nom

1000 poèmes, 4000 vers résonnant en un unique chant pour dire l’essentiel, l’insaisissable, Ce qui n’a pas de nom. Résonnant avec les paysages, les musiques, les peintures, les souvenirs. Pour dire, dans le scintillement des couleurs, le mystère en pleine lumière. Comme les feuillages infiniment miroitants de Klimt (en couverture).

Inaugurée avec trois textes aussi divers que Faux (1975), Les chiens battus (1977) et Aventures (1979), l’écriture de Gérard Pfister n’a cessé d’être une mise en question du langage et de notre présence au monde.

Marquée depuis l’origine par la radicalité artistique de Dada et philosophique d’Eckhart, elle s’est efforcée, dans le sillage de Rilke, de conjuguer, dans des formes toujours nouvelles, le souffle avec la vision, la musique avec la pensée.

À une époque où le langage est devenu le champ de toutes les manipulations et aliénations, l’homme a plus que jamais besoin d’une parole pleine et dense, consciente de ses pouvoirs comme de ses limites, capable de nous rendre à nous-même et de rétablir un juste contact avec le monde.

Après le triptyque de La Représentation des corps et du ciel (Le grand silence en 2011, Le temps ouvre les yeux en 2013 et Présent absolu en 2014), après Ce que dit le Centaure mettant en scène le Temps, le Songe et le Chant, c’est une méditation plus ambitieuse encore qui est ici proposée au lecteur.

D’emblée le propos en est posé par l’épigraphe de Lucrèce : « Tu parais, et les vents, les nuages du ciel / à ta venue s’enfuient, sous tes pas la terre / brode de tendres fleurs, le miroir de la mer sourit, / et le ciel apaisé brille d’une lumière immense. » De quelle apparition s’agit-il ? Celle qui se révèle à nous dans la vie de chaque instant, dans le mouvement des formes, des couleurs, des significations.

De tout cela que voyons-nous, que comprenons-nous ? « Tout est tellement incompréhensible », écrivait Etty Hillesum devant le lupin violet éclos dans le camp de Westerborck. « Le poème, indique une courte préface, serait cette parole plus fluide que l’eau, plus rayonnante que la lumière, qui saurait de toutes choses ne faire sentir que l’apparition, le chatoiement, ce qui toujours semble ici et qui n’a pas de nom. »

Comment atteindre à cette parole pour qu’aphorisme et lyrisme, pensée et musique ne fassent plus qu’un ? À travers 1000 poèmes de quatre vers, indépendants et vibrant ensemble. 4000 vers, ouverts à la puissance de la nature et de l’alchimie des grands maîtres de la lumière, de Titien à Monet, en passant par Giacometti, Bill Viola ou Lee Chang-Dong. En toile de fond, la lagune de Venise, comme une métaphore occidentale du « monde flottant » d’Hokusai ou du « royaume coloré des êtres vivants » de Jakuchu.

♦♦♦ Lire l’article de Marc Wetzel 

Coll Les Cahiers d'Arfuyen – 2019 – 384 p – ISBN 978-2-845-90287-9 – 19,5 €

Ainsi parlait Virginia Woolf

Traduit de l’anglais et présenté par Cécile A. Holdban – BILINGUE

Qui a peur de Virginia Woolf ? Grâce à la pièce d’Edward Albee et au film interprété par Elizabeth Taylor, le nom de Virginia Woolf est entré dans le langage courant. La lit-on pour autant ? Ses grands romans – dont Mrs Dalloway, qui a pris au cinéma les traits de Vanessa Redgrave – ont révolutionné l’art romanesque, mais ne constituent qu’une partie parmi d’autres de son œuvre, qu’elle-même considérait comme secondaire par rapport à l’autobiographie.

Grâce à cet Ainsi parlait, on peut enfin explorer l’ensemble du parcours biographique et littéraire de cette femme hors du commun : profondément libre et rebelle à toute convention. Auteur de deux livres chez Arfuyen, traductrice fascinée par les écrivaines anglo-saxonnes comme Katherine Mansfield, Virginia Woolf ou Sylvia Plath, Cécile A. Holdban rend hommage à une de ses modèles d’artiste.

« Quelle vie doit-on mener ? La vie que l’on aime. J’aime écrire, j’aime le changement, j’aime lancer mon esprit dans les hauteurs et attendre de voir où il va retomber. » Virginia Woolf écrit ses lignes dans le monumental Journal qu’elle a commencé de rédiger lorsqu’elle avait 15 ans et qu’elle tiendra jusqu’à sa mort. Et dans une lettre à Horace Walpole ce qu’elle écrit poursuit la même interrogation : « Je pense parfois que seule l’autobiographie relève de la littérature ; les romans sont les pelures que nous ôtons pour arriver enfin au cœur qui est vous ou moi, rien d’autre. »

C’est la vie qui intéresse Virginia Woolf, et rien d’autre. Qui l’effraie aussi : « La vie, pour les deux sexes est ardue, difficile, une lutte perpétuelle. Qui demande un courage et une force gigantesques. » Ces lignes, elle les écrit dans un recueil de conférences intitulé Une chambre à soi. Dans ses journaux, lettres, essais, il n’est rien dont Virginia Woolf ne fasse l’objet de son écriture. Car écrire, pour elle, c’est avant tout se libérer : « Le premier devoir de la femme écrivain, c’est de tuer l’Ange du Foyer » (Journal).

Il faut avoir lu, bien sûr, les géniaux romans de Virginia Woolf – Mrs Dalloway, Les Vagues, etc. –, mais elle ne s’y trompait pas : c’est dans les écrits autobiographiques que nous arrivons avec elle « au cœur » : ce « cœur qui est vous ou moi, rien d’autre ».

Coll. Ainsi parlait – 176 p. – 2019 – ISBN 978-2-845-90287-9 – 14 euros

Sur « Sur la pratique de la présence de Dieu »

La lecture de G. Kirsch

Extraits d’un article sur « Sur la pratique de la présence de Dieu » paru dans la Nouvelle revue théologique (n° 141/1, 2019)

Nouvelle édition des écrits du mystique carme du Grand Siècle, ce petit Carnet spirituel  des éditions Arfuyen est particulièrement bien fourni : outre les Maximes et les Lettres, seuls écrits connus de Laurent de la Résurrection (né Nicolas Herman, 1614-1691), nous pouvons lire les Entretiens, l’Éloge et Les Mœurs de Joseph de Beaufort, témoin direct et principale source sur la vie du frère carme.

La préface de Stéphane Robert restitue de manière précieuse le contexte des écrits de Frère Laurent, publiés en pleine querelle du quiétisme […].

La prose simple et sans apprêts de Laurent de la Résurrection, d’un ton quasi familier, a beaucoup fait pour assurer le succès de ses méditations.

L’intérêt de la postface de Marie-Lau­rent Huet réside dans la recherche des sources de la « technique » de la présence de Dieu, car la simplicité des textes pourrait cacher qu’ils sont en fait héri­tiers d’une tradition d’oraison bien identifiée dans la famille carmélitaine, remontant au moins à Thérèse d’Avila. […]

Sur « Ainsi parlait Victor Hugo »

La lecture de Nelly Carnet

Extraits d’un article sur Ainsi parlait Victor Hugo paru dans la revue Temporel, avril 2019

L’œuvre prolifique de Victor Hugo peut rebuter plus d’un lecteur. L’éditeur Arfuyen propose alors un choix divers afin que le lecteur puisse ensuite procéder à des priorités. […]

Hugo : un passionné ! C’est peu dire. Au travers les trois cent quarante citations, l’on croise à la fois l’être bon comme celui qui s’insurge, crie, vitupère : « Le mensonge, la haine, la diatribe, l’envie, la sottise, l’injure, la calomnie éclaboussent, Attendez demain. Cela se brosse. » Engagé, Hugo l’est sous toutes ses formes bien qu’il ne fut en politique qu’homme de passage confronté à l’hypocrisie et au mensonge.

Pour écrire autant que cet écrivain, sans doute fallait-il être « un homme qui pense à autre chose ». Il est celui qui détient les forces nécessaires afin de faire face à toutes les difficultés de l’existence et se charger de donner des forces à celui qui faiblit. « (…) le poète sur la terre / Console, exilé volontaire, / Les tristes humains dans leurs fers ; / Parmi les peuples en délire, / Il s’élance, armé de sa lyre, / Comme Orphée au sein des enfers ! » Hugo est « une force qui va », capable de soutenir quiconque s’égare.

En France, la poésie n’a jamais vraiment connu bonne fortune. Hugo dit déjà au dix-neuvième siècle que « le vent n’est pas à la poésie ». Pour autant, « ce n’est pas un motif pour que la poésie ne prenne pas son vol. » Exister contre, la poésie française n’a guère connu que cette position. Pour que la poésie s’écrive, le conseil est « enivrez-vous de tout ! » et « mêlez toute votre vie à la création ! »

Hugo aime le tranchant et l’excès intelligent, l’excès raisonné. « La poésie, pas plus que l’amour, ne connaît le trop. » Nous pouvons retenir quelques autres frappes : « Un grand artiste, c’est un grand homme dans un grand enfant », « L’admiration est la forme que l’amour prend dans l’esprit », « Les méchants envient et haïssent, c’est leur manière d’admirer. »

Hugo est ancré dans la vie sans cesse en mouvements. Il se sait être travaillé par les ombres. C’est ce côté obscur qui le fait écrire la vie dont on entend l’énergie voire le cri plus particulièrement dans certains de ses textes poétiques parce que « la vie / Dissout le mal, le deuil, l’hiver, la nuit, l’envie / Et que le mort caché dit au vivant debout / Aime ! et qu’une âme obscure, épanouie en tout, / Avance doucement sa bouche vers nos lèvres. » « Vous qui souffrez parce que vous aimez, aimez plus encore. Mourir d’amour, c’est en vivre. » L’amour est lumière pour celui qui dit de lui : « Un de mes yeux est foi ; mais l’autre est désespoir. » […]

Depuis toujours le chant

Riche de plus de trente livres de poésie et de nombreux essais, l’œuvre de Gérard Bocholier apparaît comme l’une des plus significatives d’aujourd’hui. Marquée par l’influence de Pierre Reverdy, Anne Perrier et Philippe Jaccottet, elle est pleinement singulière par une écriture très musicale et limpide, aux profondes et sobres résonances spirituelles.

Ce livre est le troisième de Gérard Bocholier aux Éditions Arfuyen après La Venue (2006) et Belles saisons obscures (2012).

Étrange titre que celui-là : ce chant qui depuis toujours se fait entendre, de qui est-il ? Qui chante, qui parle, qui se tait ? Le tutoiement du poème liminaire le laisse pressentir : « Depuis toujours ton silence / Ton souffle pourtant ne cesse / De courir parmi les prêles […] // Depuis toujours le poème / Que ton vent écrit efface / Qu’ici veilleur je recueille »

Gérard Bocholier aime considérer le poète comme un « veilleur ». C’est déjà sous le titre de Veille qu’il a publié en 2000 un recueil et c’est sous comme des « Chroniques du veilleur » qu’il publie ses notes de lecture. Le mot réapparaît dans le présent recueil : « Nous sommes de cette âme / Qui veillait sous la pierre / Et qui a tressailli / À la voix bien aimée ».

Si le poète veille, c’est qu’il est entouré par la nuit, enfermé dans la pierre : et c’est parce qu’il sait que sa patience ne sera pas en vain. Il sait qu’une voix se fera entendre, qu’une parole s’élèvera. Cette voix qu’évoque ici un autre poème : « La voix plus profonde / Cachée dans un souffle / Sa courte visite / Inscrite à jamais ».

Cachée toujours, en effet, cette voix : fidèle mais discrète. Secrète, même (et c’est le titre d’un recueil de 1995 : Secrète voix). Mais le poète sait la reconnaître : « Ta voix cherche en chaque épreuve / À toucher ma nuit d’un souffle / À glisser comme aux fissures / Un rayon de ta lumière. »

Et, fuyant les clartés aveuglantes, son écriture sait mieux qu’aucune autre accueillir cette douce lumière/

♦♦♦ Lire l’article de Régis Roux

Coll Les Cahiers d'Arfuyen – 2019 – 128 p – ISBN 978-2-845-90286-2 – 13 €

Ainsi parlait Gustave Flaubert

AP 20 Flaubert

Textes choisis et présentés par Yves Leclair

Après Baudelaire, un autre fondateur de la modernité : Flaubert. Pas seulement celui de Madame Bovary et des romans, mais le vrai Flaubert : celui qui apparaît dans cette énorme partie de l’œuvre qu’on ne lit presque jamais.

C’est une voix aussi tonitruante et décapante que celle de Bloy que l’on découvre ici : celle d’un imprécateur, d’un pamphlétaire, d’un écorché. On connaît la phrase du grinçant Dictionnaire des idées reçues rédigé par Flaubert : « Classiques (Les). On est censé les connaître. » C’est à lui-même qu’elle s’applique en premier lieu.

« L’auteur doit être dans son œuvre comme Dieu dans l’univers, présent partout et visible nulle part. » C’est Flaubert qui écrivait cette phrase, dans une lettre de 1852. Et il est vrai que, dans ses grands textes littéraires, Flaubert a utilisé toutes les ressources de l’art le plus élaboré pour effacer autant qu’il le pouvait ses traces.

On cite toujours le fameux « Madame Bovary, c’est moi ! » , mais Flaubert n’a jamais écrit ni dit cette phrase dans le sens où on la cite. Madame Bovary, voici tout au contraire ce qu’il en écrit : « Ce livre, tout en calcul et en ruses de style, n’est pas de mon sang, […] c’est de ma part une chose voulue, factice. » Cet « art pour l’art » que Flaubert a théorisé, tout de volonté, d’intelligence et de paradoxes, n’est pas, il faut l’avouer, sans ennuyer parfois. Salammbô laisse à bien des lecteurs intrépides de fâcheux souvenirs…

Mais là où Flaubert ne se cache nullement, là où tout au contraire il explose, il éructe, il jubile – et nous avec lui –, c’est dans cette autre partie de son œuvre, que bien peu de gens lisent et où pourtant son génie éclate plus que nulle part ailleurs : dans ses lettres, ses notes, ses articles, ses journaux.

Cette partie de son œuvre, c’est beaucoup plus que l’ensemble des romans : mais  comment la lire ? par où commencer ? « La vie doit être une éducation incessante ; il faut tout apprendre, depuis parler jusqu’à mourir. » C’est dans cet atelier secret que Flaubert est le plus passionnant, le plus moderne. C’est là qu’Yves Leclair s’est mis pour nous à l’écoute.

On redécouvre aujourd’hui la voix de grands protestataires – Bloy, Péguy, Bernanos – que les conformismes avaient crus démodés : le vrai Flaubert est du côté de ces rebelles et inclassables.

Comme il l’a fait déjà pour les œuvres de Bloy et Baudelaire, Yves Leclair, écrivain et poète, nous guide d’une main sûre dans cette écriture foisonnante. Signalons que vient de paraître aux Éditions Gallimard son nouveau livre de poèmes, L’autre vie.

Gustave Flaubert

1280 Flaubert

(1821-1880)

Gustave Flaubert est né en 1821 à Rouen d’un chirurgien-chef à l’Hôtel-Dieu de Rouen et de la fille d’un médecin de Pont-l’Évêque.

L’été 1836 à Trouville, il rencontre son premier grand amour, Élisa Schlésinger. En 1839, il est renvoyé du lycée pour indiscipline. À Paris pour étudier le droit, il rencontre Maxime Du Camp et Victor Hugo.

En 1844 première grave crise d’épilepsie. Il abandonne le droit et s’installe en bord de Seine, à Croisset.

Son père meurt en 1846, lui laissant de bonnes rentes. La même année commence sa liaison avec Louise Colet. Il part en 1849 avec Du Camp pour un long voyage en Orient.

Madame Bovary, qui paraît en 1857 (comme Les Fleurs du mal), est poursuivi pour atteinte aux bonnes mœurs : mais Flaubert, grâce à ses relations, est acquitté tandis que Baudelaire est la même année condamné.

Il se partage entre Croisset et Paris. En 1862 paraît Salammbô, en 1869 L’Éducation sentimentale, mal accueilli par la critique. Il reçoit la Légion d’honneur en 1866 et resserre ses liens avec George Sand. Victime de problèmes d’argent et de santé, il quitte Paris en 1872.

En 1874 paraît La Tentation de saint Antoine, en 1877 Trois contes. Il poursuit la rédaction de son Bouvard et Pécuchet, qui restera inachevé.

En 1880, il succombe à Croisset à une hémorragie cérébrale.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN 

Ainsi parlait Gustave Flaubert 

Sur Et même le versant nord

TEMPOREL

La lecture de Nelly Carnet

Extraits d’un article sur Et même le versant nord de Pierre Dhainaut publié dans la revue Temporel

Il peut arriver que l’on commence la lecture d’un livre par la fin. C’est le conseil que l’on donnera au lecteur du recueil de Pierre Dhainaut, une prose de quelques pages qui s’intitule avec humour « prélèvement à la source ». […]

Elles situent le texte poétique dans l’éveil et la vivacité. La figure même de l’enfant, double identité du poète, revient tout au long du recueil.

Dhainaut préfère au terme création celui de « parturition » : mise au monde pour un «matin » dans la joie de l’écriture qui favorise « l’attention » et « l’écoute ». Le texte idéalement offert serait celui sans auteur et sans titre.

Qu’importe en effet le nom puisque la qualité ne se détermine pas au coût de l’objet art ou à la renommée gagnée parfois plus au moins honnêtement, mais est au contraire fonction de la seule possibilité que cet objet tienne tout seul debout grâce à sa puissance d’expression juste et la forme originale qu’on lui a donné. […]

Le recueil suggère souvent une philosophie de l’être et de sa manière d’être présent au monde et s’avère moins travail poétique à proprement parler avec animation des images et des sons. Le sens semble en effet prévaloir.

Face au « chaos » et à l’asphyxie provoquée par l’« au-dehors », l’attention et l’écriture favorisent la juste respiration. L’orientation philosophique vient aussi s’exprimer dans quelque histoire racontée dans le texte intitulé « À tout âge le paradis ».

L’écriture semble plus souvent venir de la nuit que de la lumière, en tous les cas à ses débuts. La lumière n’émerge que lorsque l’obscurité a été creusée. Pour le coutumier de la mer et de ses marées, la phrase est une ligne d’horizon, un « rivage à marée montante » qui se confond avec le silence de la révélation, celui qui favorise l’expression de l’être-là des humains et des choses accompagnés du « sens de la merveille ».

La poésie est un idéal de la langue. Son point d’incandescence est sans cesse recherché par celui qui écrit.