Sur « Ainsi parlait Saint-Pol-Roux

La lecture de Marc Wetzel

Extraits de l’article sur Ainsi parlait Saint-Pol-Roux paru sur le site La Cause littéraire le 4 avril 2022

Saint-Pol-Roux, né Paul Roux à Marseille en 1861, a vécu quarante ans de XIXe siècle, et quarante de XXe. Il a été estimé de Mallarmé (qui l’appelait son « fils »), de Rodin, de Valéry, de Segalen, de Debussy, de Céline, de Jean Moulin, de Breton, de Max Jacob, de Daumal. Il a pourtant vécu assez vite retiré, dans la solitude et la gêne, en Bretagne, en y fondant famille heureuse, mais tragiquement éprouvée (il perd son fils Coecilian à Verdun, manque de perdre sa fille Divine en juin 40, grièvement blessée par un soldat allemand, qui s’en prend aussi à lui. Pendant leur séjour à l’hôpital, la maison est pillée et en partie brûlée, avec presque tous ses manuscrits ; il meurt quelques semaines plus tard. Sa maison finistérienne sera par ailleurs dévastée par des bombardements alliés en août 44 : ses ruines demeurent sur le promontoire de Camaret).

Un exceptionnel sens de la formule, un lyrisme naturellement somptueux, une constante profondeur de pensée, une rare aptitude à anticiper les mondes de demain (l’usage de l’énergie solaire, la tyrannie de la vitesse extérieure, le cinéma tridimensionnel, les délires de la rationalité mécanicienne et économique…), un étonnant et multiforme stoïcisme du courage, une foi activiste et une action de foi prêtes à « coloniser Dieu » (fragment 353) – voilà tout ce que ce très utile florilège fait immédiatement croiser et saisir, mais le plus surprenant d’abord est peut-être, chez cet auteur merveilleusement cultivé, doux virtuose et homme d’immense compassion et charité, « la très abrupte et salubre franchise de l’état des lieux de nos âmes réelles » […]

L’intuition centrale de cet auteur (« La vie, c’est le courage universel », fragment 106) porte sur un courage de la vie, qui est d’abord la double vaillance originaire de tous les organismes naturels (l’audace qu’ils ont de prélever hors d’eux ce qu’ils ont l’endurance de faire interagir en eux). Le courage suffit, comme force d’agir sur la peur même d’agir. La pensée de Saint-Pol-Roux étonne et enchante par l’inlassable variété de ses appels au courage, à la noblesse d’intervention : courages d’avouer (« L’aveu de nos faiblesses éclaire notre force », fr. 199), de fraterniser (« Le dévouement consiste à projeter son cœur dans la poitrine de son prochain désemparé, le temps de rendre celui-ci plus fort ou bien meilleur » (fr. 216), de se dégriser (« La colère est un loup qui se mange lui-même » (fr. 218), de se tempérer (« Il rôde au plus profond de nous une violence qu’il sied de traquer à grands coups de sagesse… » (fr. 226), de se désinfatuer (« Nous ne nions Dieu que pour nous affirmer » (fr. 313). […]

Ce qu’il observe pour nous le plus précieusement, c’est précisément ce qui se nourrit de nous échapper, se rend comme inobservable : comment observer l’espace (fr. 386) qui n’est que partout ? le temps (fr.389), qui passe moins qu’il ne « nous regarde passer », la « tangente » même que prend notre « chemin » (fr. 360) d’observation, et – thème magnifique et central – la vitesse, qui ne peut que doubler, semer, laisser sur place, notre attention même à elle ? Les considérations du poète sur la vitesse (son ambiguïté et son ambivalence) sont d’une visionnaire subtilité . […]

Après un long et minutieux travail de reconstitution de l’œuvre opéré, sur quarante ans, par René Rougerie, puis Gérard Macé et quelques autres, Jacques Goorma (lui-même exécuteur testamentaire de Divine, la fille de Saint-Pol-Roux, donc particulièrement bien placé, en plus de son discernement poétique propre, pour établir ce très précieux, et très réussi florilège) offre ici, en moins de 180 pages, clairement introduite, bien menée, et se suffisant, la louable et émouvante occasion de découvrir (ou ré-approcher le plus justement du monde) un auteur exemplaire, un des plus forts poètes français. […]

Sur « Ainsi parlait Montaigne »

La lecture de Patrick Corneau

Extraits de l’article sur Ainsi parlait Montaigne paru sur le site Le Lorgon mélancolique le 23 janvier 2022

C’est un tour de force qu’a réalisé Gérard Pfister avec Ainsi parlait Montaigne que viennent de publier les éditions Arfuyen : arriver à faire une sélection représentative de « dits et de maximes de vie » dans l’énorme fatras de l’œuvre d’une vie où l’auteur mêle inséparablement autobiographie, création et pensée. Il n’y a pas d’auteur dont l’œuvre soit plus riche que les Essais, somme qui connut quatre éditions du vivant de l’auteur. Fantasque et truculente, foisonnante de citations et digressions, parfois un peu obscure et déjà lointaine par la langue du XVIe siècle, on imagine aisément l’embarras de l’éditeur-concepteur : comment choisir ? 

Pari gagné : l’essentiel des Essais est bien là ! Rendu d’un accès facile et agréable et, qui plus est, en gardant au plus près la saveur de la langue.  À le lire, on mesure combien la réflexion très libre et personnelle d’un homme ayant traversé un siècle marqué par les guerres religieuses et l’obscurantisme – ne revenons-nous pas aujourd’hui à de telles époques ? – nous reste plus que jamais indispensable. Montaigne, l’homme d’un seul livre comme Proust est avant tout un observateur psychologue doublé d’un moraliste, c’est-à-dire un homme lucide et juste qui dans tous les domaines – la politique, le religieux, la vie privée – reste un exemple. Ce qu’avait ressenti Stefan Zweig, qui après avoir cherché toute sa vie un modèle de liberté et de tolérance, découvrit Montaigne au printemps 1941, un an avant sa mort. 

Ce qui frappe au fil de ces pages, que l’on peut lire « à sauts et à gambades », selon l’expression du sieur de Montaigne, c’est l’extraordinaire capacité de cet homme à être lui-même, à rester Michel Eyquem. Autrement dit la constance – qui chez lui est une lutte de tous les instants – dans la volonté d’échapper aux effets délétères de la comparaison. La comparaison est le ressort ou l’affect le plus visible des hommes, et en même temps le plus secret. Elle est au principe de tout ordre social qui pour être et se connaître, la met en scène dans ses hiérarchies et classements ; elle pénètre les racines de l’être humain lequel ne sait jamais dans quelle mesure elle affecte sa conduite, ses sentiments ou même sa pensée. La comparaison ne consiste pas seulement à nous situer les uns par rapport aux autres selon les « plus » et les « moins » des qualités et défauts, ou selon la gamme des sentiments d’amour, de haine, d’admiration, d’envie, etc. elle comporte aussi nécessairement un certain rapport à soi dans lequel chacun se pose pour ainsi dans l’être selon les deux mouvements ou dimensions de l’élévation et de l’abaissement. […]

Montaigne ne croit pas à la possibilité de dé-conditionner, d’amender l’homme selon une amélioration véritable ; plus profondément, il pense que ces tentatives se heurtent à la constitution même de la vie humaine : « Il n’est personne, s’il s’écoute, qui ne découvre en soi une forme sienne, une forme maîtresse, qui lutte contre l’éducation et contre la tempête des passions qui lui sont contraires. » […] Discerner et reconnaître sa « forme maîtresse » suppose qu’on ne se laisse guider ou régler par aucun enseignement préalable, ni théologique, ni philosophique mais qu’on veuille confondre, conjoindre son développement avec celui de la nature même. […]. Par exemple en voyageant, en faisant l’expérience du divers, autrement dit en parcourant une partie de l’Europe, ce que fit Montaigne de juin 1580 à novembre 1582 sous prétexte d’aller prendre les eaux. Après un court séjour en Alsace, avec son équipage Montaigne file vers Bâle, Augsbourg, Innsbruck et de là, par le col du Brenner, en Italie, débarquant à Venise le 5 novembre 1580.

Ceci nous est magistralement restitué par Gérard Pfister dans l’introduction presque entièrement centrée – et à raison – sur cet épisode. Sûrement n’a-t-on a pas suffisamment mesuré l’influence déterminante qu’ont eues sur Montaigne la langue et la littérature italiennes. De son père, l’auteur des Essais a hérité un goût particulièrement vif pour l’Italie. Alors que la géographie comme les origines de sa famille auraient dû le tourner vers l’Espagne, il est frappant constate Gérard Pfister « combien la culture hispanique est peu présente dans son œuvre comme dans sa bibliothèque. Il n’en connaît pas même la langue tandis qu’il parle et écrit l’italien. Montaigne fait son voyage en Italie au moment même où sont publiés, dans leur toute première version, les deux premiers livres des Essais. Et c’est du Journal de ce voyage, presque à moitié écrit dans la langue de Dante, qu’il faut partir si l’on veut comprendre la mue profonde qui s’opère entre cette première version et toutes les réécritures ultérieures. Un tout autre homme y apparaît, un Montaigne non plus seulement latin, mais italien. Et certainement le plus italien de nos écrivains avec Stendhal. » 

La préface de Gérard Pfister – et c’est à mon sens l’apport majeur de ce volume 32 de la collection – montre de façon éclairante tout ce que la fameuse « nonchalance » de Montaigne doit à la sprezzatura de Baldassare Castiglione. « Nonchalance » est un pis-aller pour traduire ce que Castiglione exprime avec la sprezzatura : mélange de goût du naturel, de légèreté, de fluidité, d’élégance et de panache qui est l’idéal de l’homme de cour. Le courtisan qui est sans cesse sous le regard d’autrui cherche ainsi par une élégante contrefaçon à donner l’impression du naturel dans l’absence d’effort.

Gérard Pfister montre que Montaigne, reclus dans sa librairie, n’a nul souci de faire bonne figure : « Son seul but est de se montrer tel qu’il est, au naturel, quelque jugement qu’on porte sur lui. Sa nonchalance est ainsi une véritable ascèse contre toutes nos illusions, contre toutes nos prétentions : Il faut la vue nette et bien purgée pour découvrir cette secrète lumière. »  Il y a donc un Montaigne d’après le voyage en Italie que l’on perçoit dans la rédaction de la dernière partie des Essais avec ses nombreuses additions manuscrites : un écrivain moins solennel, moins raide, moins empesé par la révérence aux Anciens et l’afflux de doctes citations. 

Comme l’écrit Gérard Pfister : « Il ose maintenant rire de lui. Il n’a pas guéri de la gravelle. Il n’a pas guéri de dire des « fadaises ». Mais l’Italie l’a guéri du sérieux. À force d’être en voyage, il a fait définitivement sienne la pensée qu’il n’allait en nul lieu que là où il se trouvait ».  […]

André Gide

(1869-1951)

André Gide est né en 1869 à Paris, premier et unique enfant de Paul Gide, professeur de droit, qui meurt de la tuberculose en 1880. Il se retrouve seul avec une mère très rigoriste.

Après son baccalauréat, il décide d’arrêter ses études pour écrire. Marqué par Amiel, il publie en 1891 les Cahiers d’André Walter. La même année, il rencontre Mallarmé., dont il devient un familier, et Oscar Wilde. En 1895, il part pour Alger où il retrouve Wilde et lord Alfred Douglas.

La même année sa mère meurt et il se marie avec sa cousine Madeleine. Les Nourritures terrestres paraissent en 1897, L’Immoraliste en 1902. Lecture de Stendhal et de Montaigne.

En 1907, il cofonde la NRF. En 1923 naissance de Catherine, fille de la Petite Dame, qu’il reconnaîtra après la mort de son épouse.

Il part pour le Congo en 1925, chargé d’une enquête sur les concessions coloniales. Il se rapproche des communistes en 1930.

En 1936, Retour de l’U.R.S.S., qui marque sa rupture avec le communisme. En 1941, il rompt avec la NRF, trop liée à la collaboration, et part pour la Tunisie, puis Alger où il rencontre de Gaulle.

Il reçoit le Prix Nobel de littérature en 1947. En 1949, il met un point final à son Journal. Il meurt en 1951 d’une congestion pulmonaire.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Ainsi parlait André Gide

Ainsi parlait André Gide

Dits et maximes de vie choisis et présentés par Gérard Bocholier

André Gide a longtemps été considéré, selon l’expression demeurée classique d’André Rouveyre, comme le « contemporain capital » : par sa probité intellectuelle, son esprit critique et son courage, il a su remettre en question nombre de préjugés de son temps.

Les Nourritures terrestres, parues en en 1897, ont été dans une époque encore étroitement conformiste un évangile de libération : « Une existence pathétique, Nathanaël, plutôt que la tranquillité. » En plein symbolisme, Gide invitait avec une force inouïe, à revenir au naturel et à la vie authentique.

Mais en 2019 le plus grand journal luxembourgeois titrait : « Relecture d’un classique à l’ère du #metoo : faut-il bannir l’œuvre d’André Gide ? » Grand libérateur, Gide en est venu à être considéré comme un grand pervertisseur. Hier comme aujourd’hui, ce rigoureux protestant fait scandale.

Qui est André Gide ? Le Journal le montre tout à la fois  sincère, esthète, immoraliste, nomade, engagé, pervertisseur. Gide préfère l’inquiétude à toute forme de tranquillité morale ou intellectuelle : « Je ne suis qu’un petit garçon qui s’amuse, écrit-il, – doublé d’un pasteur protestant qui l’ennuie. »

Comme Montaigne, il n’est que mouvement : « Tour à tour je ressemble et diffère. » Gide place la sincérité au sommet de toutes les vertus. Elle est à la racine de toute morale authentique : « Ne pas se soucier de paraître. Être seul est important. » Gide vit jusqu’au bout cette exigence comme un drame, dont le nœud se situe en lui-même.

La matière de la création littéraire gidienne est constamment faite de problèmes moraux. Ceux-ci en sont « l’étoffe », mais ils sont subordonnés à l’art : « Ne prendre chacun de mes livres que pour ce qu’il est : une œuvre d’art. » Cinq ans avant sa mort, il écrit dans son Thésée : « Il m’est doux de penser qu’après moi, grâce à moi, les hommes se reconnaîtront plus heureux, meilleurs et plus libres. Pour le bien de l’humanité future, j’ai fait mon œuvre. »

Dérangeante, l’œuvre de Gide demeure incontournable. Sa réflexion, appliquée aux sujets les plus divers, est d’une constante audace. Son inquiétude et son autocritique nous touchent. Sa langue est d’une simplicité et pureté admirable. 

L’écrivain Gérard Bocholier, avec une probité toute gidienne, nous introduit dans cette œuvre qui lie romans, essais, correspondances et Journal.

Coll. Ainsi parlait – 2022 – 14 euros – ISBN 978-2-845-90331-9

Avril 2022

Ocsebib, Nonelef et Lecram

« Ma chère Céleste, il y a une chose que je dois vous dire. J’ai fait ce voyage de Cabourg avec vous, mais c’est fini : je ne ressortirai jamais plus. Les soldats font leur devoir; puisque je ne peux pas me battre comme eux, le mien est d’écrire mon livre, de faire mon œuvre. Le temps me presse trop pour que je puisse me consacrer à autre chose. »

Proust a été en septembre 1914 l’un des derniers à rester au Grand-Hôtel de Cabourg alors que l’établissement était déjà réquisitionné pour l’armée et les blessés du front. Fin septembre il s’est enfin résolu à regagner son appartement du boulevard Haussmann à Paris. C’est ce même soir qu’il est entré dans sa vie de reclus pour les huit dernières années de sa vie.

Réclusion toute relative, certes, qui ne l’empêchait pas certaines fois d’organiser des réceptions au Ritz, de se rendre à des soirées mondaines ou de mener discrètement sa vie nocturne. Existence marquée toutefois, malgré ces quelques entorses, par une discipline de vie aussi rigoureuse qu’extravagante quant aux horaires, aux principes et aux rituels quotidiens.

Rares étaient dans ces conditions les personnes autorisées à franchir le seuil de l’écrivain, à qui le travail et les problèmes de santé fournissaient tous les prétextes possibles pour ne pas avoir à céder aux sollicitations des importuns.

Céleste Albaret, grande prêtresse des lieux (bien qu’âgée de 23 ans seulement quand cette réclusion commence), nous livre la liste des élus : « De ceux qu’il avait gardés de son ancienne vie, il n’y avait, avec Mme Straus et Robert de Billy, que les frères Bibesco, Frédéric de Madrazo et Reynaldo Hahn qu’il voyait avec le plus de plaisir et qu’il aimait le plus. »

Madame Straus, mère de son camarade de Condorcet Jacques Bizet, avait été l’une des premières à lui ouvrir les portes de son salon. « Elle fut probablement la seule personne, note Céleste Albaret, pour laquelle il ait gardé, jusqu’à sa mort, la sorte d’affection et d’admiration qui ressemblait le plus à de l’amitié. »

Proust avait connu Robert de Billy dès 1890, alors qu’ils étaient tous deux militaires. Billy était son aîné de deux ans : c’est à lui qu’il demandait conseil sur les sujets les plus variés : carrière, convenances, diplomatie, bourse, etc. « Ses visites, témoigne Céleste Albaret, duraient trois, quatre, cinq heures, très avant dans la nuit. »

Frédéric, dit « Coco », de Madrazo était un riche dilettante, musicien, peintre et grand amateur d’art, très proche de Reynaldo Hahn, dont Proust avait lui-même été l’intime. L’écrivain lui était tout particulièrement reconnaissant de lui avoir fait découvrir Venise qu’il avait visité sous sa conduite, avec sa mère et Reynaldo.

Les deux frères Bibesco et leur ami Bertrand de Fénelon avaient admis Proust dans la petite société secrète qu’ils avaient créée, avec rites et langage chiffré. Les Bibesco y avaient pour nom de code « Ocsebib » et Fénelon « Nonelef ». Proust devint « Lecram ». Le petit clan ne devait pas durer. Fénelon fut tué au champ d’honneur le 17 décembre 1914. Emmanuel Bibesco se donna la mort à Londres le 22 août 1917. Seul survivant de ses trois amis, Antoine Bibesco en devint d’autant plus proche de Proust.

Né en 1878, il était de six ans plus jeune que l’écrivain. De vieille noblesse roumaine, lui et son frère aîné Emmanuel avaient été élevés à Paris au 69 rue de Courcelles, tout près de l’appartement des parents de Marcel. C’est dans le salon très réputé de leur mère la princesse Hélène, – fréquenté par Debussy et Fauré comme par Bonnard, Vuillard ou Maillol –, qu’ils avaient fait sa connaissance. Comme son frère, Antoine était connu pour ses nombreuses conquêtes féminines, méritant auprès de la romancière Rebecca West le surnom d’« athlète du boudoir ».

Il possédait cependant deux merveilleuses qualités qui lui ouvraient toutes grandes les portes du funèbre appartement de l’écrivain. Et la première était sa fantaisie. La très sérieuse Céleste Albaret elle-même n’y était pas insensible. « Je me rappelle, écrit-elle, que, alors qu’il était fiancé à Londres avec la fille d’un des grands hommes d’État anglais, Asquith, il est arrivé un jour boulevard Haussmann. Je l’introduis et, par plaisanterie, il me déclare : “Vous savez, Céleste, je vous aime ! ” Je réponds : “Ah, je vois que vous êtes toujours aussi fou, prince ! – Mais si, mais si, je vous aime, Céleste !” M. Proust riait, naturellement ; mais il a dit : “Soyez gentil, Antoine, vous êtes ridicule ; laissez Céleste tranquille ; je vous assure qu’elle n’aime pas cela.” »

Une autre fois, il revient avec sa fiancée. Proust était couché. « Pensant bien que la jeune fille ne serait pas reçue, raconte Céleste, le prince la prie d’attendre sur le palier, entre seul et me demande : “Est-ce que je peux aller dans la chambre? – Il faut que j’aille interroger Monsieur.” J’y vais, mais le temps que je fasse le chemin, il prend sa fiancée dans ses bras et débouche derrière moi dans la chambre, en la portant comme une poupée. Il n’y avait que lui pour se permettre ce genre d’excentricité, sachant combien M. Proust avait horreur d’être vu dans son lit par une autre femme que moi — je revois son regard dans l’ombre de l’oreiller et ses mains sur le tricot et sur le drap : il était affreusement gêné. Il s’est tourné vers moi en laissant retomber sa main sur le drap : “Vous voyez, Céleste ? Quand je vous dis que le prince est fou !” »

Antoine Bibesco avait aux yeux de Proust un mérite plus précieux encore : « Le prince Antoine, souligne Céleste, était un merveilleux diseur d’histoires. Il était pourri de potins sur des relations communes de salon ou du monde littéraire. “Il est un peu concierge et ses histoires sont plus ou moins vraies ; mais qu’il est drôle !” disait M. Proust. » Ainsi l’écrivain n’avait pas à prendre sa pelisse, braver le froid et affronter l’ennui des salons parisiens : le matériau de son roman lui était livré tout frais par le prince fantasque.

C’est cette relation d’intimité exceptionnelle qui apparaît dans le livre de correspondances et de conversations que publia Antoine Bibesco à Lausanne en 1949 et que nous rééditons pour la première fois depuis la mot de l’auteur en 1951. « Une seule personne me comprend, Antoine Bibesco ! » écrivait Marcel Proust à Anna de Noailles en 1902. Et à son ami lui-même : « Je t’ai toujours considéré comme le plus intelligent des Français. »

En 1912, quand Swann est terminé, c’est à son ami Bibesco que Proust confie son manuscrit pour le présenter à la N.R.F. Le livre ne sera pas accepté, mais la lettre qu’adresse Proust à son ami demeure un passionnant manifeste esthétique : « Le style n’est nullement un enjolivement, comme croient certaines personnes, ce n’est même pas une question de technique, c’est comme la couleur chez les peintres, une qualité de vision, une révélation de l’univers particulier que chacun de nous voit et que ne voient pas les autres. »

Grand admirateur, on le sait, comme sa grand-mère et sa mère, de Madame de Sévigné, Proust considérait que ses lettres ne constituaient pas en soi une œuvre littéraire, mais lui servaient avant tout à préparer son grand roman, en y glanant le matériau nécessaire pour ses futurs personnages mais aussi en y enrichissant sa langue de mille tournures savoureuses qu’on y retrouvera à peine modifiées. C’est assurément un grand plaisir de voir l’écrivain dans son laboratoire, échangeant en toute liberté, avec le « petit Antoine » sur ce monde qui allait devenir celui de la Recherche.

Mars 2022

Une trace incandescente

Il est né dans la banlieue de Marseille d’un père tuilier et d’une mère ménagère. Quelques décennies plus tard le voici habitant un manoir flanqué de huit tourelles qu’il s’est fait construire sur un promontoire escarpé, face à l’océan. De qui s’agit-il ?

Il publie en 1899 au Mercure de France une pièce extraordinaire, le chef-d’œuvre du théâtre symboliste, si longue, si foisonnante qu’elle ne sera jamais jouée. Quelques mois plus tard a lieu, dans le cadre de l’Exposition universelle de 1900, la première de Louise, l’opéra de Gustave Charpentier. On en connaît le grand air, aux délicieux accents de midinette : « Depuis le jour où je me suis donnée / Toute fleurie semble ma destinée / Je crois rêver sous un ciel de féerie / L’âme encore grisée de ton premier baiser. » Énorme succès. L’opéra fait le tour du monde. De qui s’agit-il ?

Sa chèvre s’appelle Espérance, ses chattes Vagabonde et Ténèbres, ses goélands Éole et Thalassa. Mais il est le premier à parler précisément de la captation de l’énergie solaire ou à envisager un cinéma tridimensionnel. De qui s’agit-il ?

En 1898, il décide de quitter la Babylone moderne et « Madame la Fièvre » pour « Madame la Vie », et s’installe à la pointe du Finistère. Pas assez loin cependant. Les soldats allemands font irruption chez lui : une première fois, ils assassinent sa gouvernante et violentent sa fille, la deuxième fois ils saccagent sa maison. En août 1944, les avions alliés la détruisent. De qui s’agit-il ?

Mallarmé l’appelle son fils. André Breton voit en lui « le seul authentique précurseur du mouvement dit moderne». Les surréalistes lui rendent solennellement hommage en 1925 par la plume d’Aragon, Éluard, Péret, Leiris et Desnos. Les poètes du Grand Jeu lui manifestent leur admiration. Vercors dédie Le Silence de la mer au « poète assassiné ». Tristan Tzara exalte le mémoire de l’écrivain « fusillé par les Allemands ». De qui s’agit-il ?

On croirait qu’un tel personnage a laissé pour la postérité une trace incandescente. Que son nom est partout célébré. Que sa vie est donnée en exemple. Que ses textes sont de toutes parts réédités et étudiés. Lui aussi le croyait, lui qui, en exergue de chacun des trois tomes de son maître-livre, a inscrit cette phrase de La Bruyère : « Celui qui n’a égard, en écrivant, qu’au goût de son siècle songe plus à sa personne qu’à ses écrits : il faut toujours tendre à la perfection et alors cette justice qui nous est quelquefois refusée par nos contemporains, la postérité sait nous la rendre ».

De qui s’agit-il ? « Parlerai-je de l’homme, de l’être particulièrement sensible et bon qu’il était? écrivait Paul Valéry. Il était riche d’amitié comme il l’était d’images. Quoiqu’il se fût depuis si longtemps établi loin de nous, à peine reparu, les années de séparations s’évanouissaient. Toute une vie cordiale, ressuscitait, renaissait aussitôt. »

Il disait : « Le chef-d’œuvre est un fruit / De l’Arbre de la Nuit. » Et encore : « Le temps est une invention humaine et c’est pourquoi l’homme meurt. L’homme meurt de se limiter à coup de science. Sa Science lui donne un orgueil qui l’éloigne de la limpidité des mystères. […] L’Infini est en nous. »

Il disait : « La solitude est la virginité de l’humanité. » Et encore : « Un peuple sans beauté commence de mourir. »

Il disait : « L’univers est une catastrophe tranquille, le poète démêle, cherche ce qui respire sous les décombres et le ramène à la surface de la vie. »

Il s’appelait Saint-Pol-Roux.                   

Février 2022

Aider Dieu

« L’être humain doit savoir que grâce à ses actes il peut réparer ce qui est abîmé dans l’En-Haut, comme il est dit : “Donnez de la force à Élohim.” » Cette phrase étonnante, c’est un des plus grands penseurs hassidiques qui l’écrit. Donnez de la force à Dieu ! Aidez-le ! Cette injonction n’est pas banale. Elle fait immédiatement penser à Rilke : « Que feras-tu, Dieu, si je meurs ? / Je suis ta cruche (si je me brise ?) / avec moi c’est ton sens que tu perdras » (Le Livre de la vie monastique, Arfuyen, 2019), mais aussi, bien sûr, à Etty Hillesum : « Une chose m’apparaît de plus en plus claire : ce n’est pas toi qui peux nous aider, mais nous qui pouvons t’aider – et ce faisant nous aider nous-mêmes» (Journal, 12 juillet 1942).

« Donnez de la force à Élohim » : ce qui est plus étonnant encore, c’est que Rabbi Tsaddoq cite cette phrase d’après le Psaume 68, verset 35 du Sefer haTehilim, le livre des Psaumes en hébreu. Et le verset 36 du même psaume indique de manière symétrique : « Le Dieu d’Israël donne de la force au peuple. » Dans les deux versets, ce sont le même verbe « donner » et le même substantif « force » qui sont employés.

Ainsi donc, Rilke et Etty sont en parfait accord avec le texte hébreu du psaume 68 : c’est à l’homme de donner de la force à Dieu, à l’homme d’aider Dieu. Mais regardons maintenant la traduction de ce psaume 68, verset 35, dans la Bible de Jérusalem : « Reconnaissez la puissance de Dieu.» Cruelle déception : toute la magnifique audace du texte hébreu a disparu au seul profit de la seule « puissance de Dieu », comme si le traducteur avait lui-même eu peur de la pensée du Psalmiste. « Donnez de la force à Élohim » : c’est lui qui en a besoin, c’est nous qui pouvons, qui devons lui en donner.

Regardons d’autres traductions parmi les plus réputées. Crampon et Maredsous : «Reconnaissez la puissance de Dieu. » L’Alliance biblique universelle : « Proclamez que la force est à Dieu. » Lemaistre de Sacy et Louis Segond : « Rendez gloire à Dieu. » David Martin et J. N. Darby : « Attribuez la force à Dieu. » Ostervald : « Rendez la force à Dieu.»

Il faut chercher des traducteurs plus indépendants, plus familiers aussi de la langue hébraïque, pour retrouver l’idée simple et sublime du Psalmiste. André Chouraqui : « Donnez énergie à Elohîms ! » Et notre ami Henri Meschonnic : « Donnez la puissance à Dieu. »

« Toutes les traductions françaises de la Bible me font mal au cœur », se plaignait Paul Claudel. Un tel tour de ronde inclinerait à lui donner raison. Peut-on traduire un tel verset exactement à l’inverse de sa signification ? Si l’on ne peut imputer une telle erreur à une méconnaissance de la langue, tant sont diverses et réputées les traductions ici citées, on ne peut se retenir de penser qu’elle provient d’un postulat absolu de tous ces traducteurs : Dieu est tout-puissant et tout ce qui pourrait aller là-contre est nécessairement erroné. C’est donc le Psalmiste qui s’est mal exprimé, il faut le corriger. Aider Dieu, ou aider le Psalmiste ? Le choix est vite fait : c’est au secours du pauvre psalmiste qu’on se précipite.

Ce point n’est pas secondaire. Il est même tout à fait essentiel. C’est toute une conception d’un Dieu omnipotent, patriarcal, machiste, qui est imposée par de telles erreurs. Il ne faut pas s’étonner alors des conséquences funestes que de tels contresens continuent d’avoir sur la perception du Dieu chrétien et de son Église. Là comme ailleurs, c’est la lucidité des grands témoins qui permet de maintenir l’essentiel en dépit des altérations et des falsifications. C’est la dominicaine Marie de la Trinité qui note cette parole reçue du Père : « Je n’ai besoin de rien hors de toi, mais J’ai besoin de tout en toi. » C’est le philosophe Hans Jonas qui, lisant le Journal d’Etty Hillesum, souligne : « Dieu a besoin de nous, de demeurer en nous, et en même temps nous sommes dans ses bras. » Et c’est même le pape Jean-Paul II, dans sa grande encyclique de 1986 sur l’Esprit-Saint, Dominum et vivificantem, qui note : « Dieu nous fait l’immense honneur d’avoir besoin de nous pour redire ses paroles, signifier sa présence, présider sa communauté, exhorter à temps et à contretemps, comme la réponse au don inouï de Dieu. »

Traduire, retraduire, traduire toujours pour écouter – « écouter au-dedans » aimait à dire Etty: hineinhorchen – l’esprit qui a engendré les textes et continue de les animer. Il ne faut pas se lasser, il y a tant à faire et refaire toujours pour approcher au plus près de leur vibration intime, et il reste tant de trésors enfouis…

Tel est le sens de la série lancée par les éditions Arfuyen avec Catherine Chalier voici plus de dix ans : traduire et présenter tous ces grands spirituels qui ont insufflé une dynamique entièrement nouvelle à la compréhension de la tradition juive : Kalonymus Shapiro, rabbin au Ghetto de Varsovie (1889-1943), le Maggid de Mezeritch (1704-1772), le Rabbi de Kotzk (1787-1859), Rabbi Chmuel Bornstein (1856-1926) Rabbi Joseph Mordechai Leiner (1801-1854) et, en ce début d’année, Rabbi Tsaddoq haCohen Rabinowitz de Lublin (1823-1900).

Par l’ampleur et la profondeur de son œuvre, Rabbi Tsaddoq est un des penseurs les plus importants de la tradition hassidique. Né en Lettonie dans une famille d’opposants au hassidisme, il se rapprocha de cette pensée et devint disciple de Rabbi Leiner, qui avait lui-même été celui du Rabbi de Kotzk. Il mena une vie studieuse et retirée et n’eut pas d’enfants. Avant de mourir, en 1900, il demanda à ses beaux-fils de publier les écrits qu’il gardait dans une armoire fermée à clef. Six volumes en sont résultés sous le titre Pri Tsaddiq (Les Fruits du juste), référence au Midrach : « À l’heure où un homme quitte ce monde sans laisser de fils, il s’attriste et il pleure. Le Saint lui dit : “Pourquoi pleures-tu ? Tu as des fruits plus beaux que des fils… Les fruits du juste sont un arbre de vie.” »     

Les Fruits du juste nous sont aujourd’hui offerts par Catherine Chalier. À nous de nous en rafraîchir et de nous en nourrir.       

Sur « Ainsi parlait Maeterlinck »

La lecture de Christopher Gérard

Extraits de l’article sur Ainsi parlait Maeterlinck paru dans Archaïon le 10 mars 2022

[…] Il y a de l’homme baroque dans l’unique Prix Nobel de littérature que la Belgique ait eu, et dont les pièces sont encore jouées un peu partout dans le monde. Les éditions Arfuyen, dans leur élégante collection Ainsi parlait  (Yeats, Leopardi, Bernanos, tant d’autres), ont eu la bonne idée de confier la mission de mieux faire connaître Maeterlinck au poète, éditeur et médecin Yves Namur.

Le résultat ? Quatre cent quarante-sept « dits et maximes » tirés d’environ cinq mille pages de lecture attentive, quasi « bénédictine », et qui retracent le portrait d’un homme en qui coïncidaient les contraires. Maeterlinck se révèle très belge en ce sens que ce Gantois exprime en français – et quel français, d’une belle fermeté – un ancrage germanique, inspiré par Novalis et Ruysbroeck l’Admirable, qu’il traduisit. […]

Ce qui frappe à la lecture de ces « dits et maximes », c’est la fermeté de la langue et son extrême densité : « Je désire le Verbe, nu comme l’âme après la mort, pour dire l’Énigme dénuée de substance et de lumière dans sa splendeur intérieure. »

Novateur sur le plan esthétique et même précurseur de surréalisme (la brutalité en moins et la subtilité en plus), l’auteur se révèle quelque peu antimoderne : vitaliste, tenant d’une vision du monde intrinsèquement organique, tournant le dos au naturalisme, attiré par les Mystères, proche de l’hindouisme – une sorte d’animiste, attentif, tel un Grec de haute époque, à l’intelligence des fleurs et à la vie des abeilles. L’intuition, chez lui, précède le savoir pour le fonder.

N’a-t-il pas fasciné Gracq et Rilke, Artaud et Pessoa, ce voyant qui plaignait « l’homme qui n’a pas de ténèbres en lui » ? L’obsession du silence (« la parole est du temps, le silence de l’éternité »), la passion du mystère (« Vivre à l’affût de son dieu, car Dieu se cache, mais ses ruses, une fois qu’on les a reconnues, semblent si souriantes et si simples ») caractérisent Maeterlinck, pour qui notre âme ne serait qu’une « chambre de Barbe-Bleue à ne pas ouvrir ». Un géant, qu’Yves Namur, dans une présentation aussi fine qu’érudite, offre à notre attention.

Giuseppe Conte

Giuseppe Conte est né à Imperia en 1945 d’une mère ligure et d’un père sicilien. Il suit ses études à Oneglia, puis s’inscrit à la faculté des lettres et de philosophie de Milan.

Il s’impose à l’attention de la critique avec deux livres de poésie : Le processus de la communication selon Sade (1975) et Le dernier avril blanc (1979). Son talent s’affirme dans le roman avec Printemps incendié (1980) et Équinoxe d’automne (1987) que suivront d’autres textes, de L’Empire et l’Enchantement (1995) à Sexe et apocalypse à Istanbul (2018).

Proche de l’avant-garde, Conte se tourne vers la redécouverte des mythes, du sacré et de la nature. En 1994, il est à l’origine de l’occupation de la basilique Santa Croce de Florence. Sur le parvis, il prononce un discours affirmant le primat éthique et spirituel et la poésie. Il reçoit des messages de soutien de Ferlinghetti, Luzi et Gao Xingjian.

En 1995-96 il contribue à l’émergence du mouvement « Mitomodernismo ». Au premier Festival de ce nom, à Alassio, il présente L’Iliade et le jazz, avec des textes d’Homère et de lui et des morceaux de Duke Ellington.

Il collabore à différents journaux comme La Stampa et Il Giornale ou revues comme Il Verri ou Nuova Corrente. Il a traduit des œuvres de Shelley, D. H. Lawrence, Blake et Whitman.

En 2006, son recueil Ferite e rifioriture (Blessures et refleurissements) remporte le prix Viareggio.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

Je t’écris de Bordeaux. Blessures et refleurissements

Antoine Bibesco

(1878-1951)

Antoine Bibesco est né en 1878. Son père, le prince Alexandre Bibesco, est le dernier fils survivant de l’ultime hospodar de Valachie Georges III Bibesco. Sa mère reçoit dans son salon des peintres, comme Bonnard ou Vuillard, des écrivains comme Maeterlinck ou Loti, des musiciens comme Debussy ou Fauré.

Après des études secondaires en Angleterre et en France, il poursuit ses études universitaires à Paris en et entre dans la carrière diplomatique en 1900. Conseiller de la légation roumaine à Paris, puis à Saint-Pétersbourg, il devient premier secrétaire à Londres en 1914. Proche d’Herbert Asquith, ancien Premier ministre britannique, il épouse sa fille Elizabeth. Nombreuses demeurent les liaisons féminines de celui que la romancière Rebecca West surnommera « l’athlète du boudoir ».

En 1936, lorsque le Premier ministre roumain rappelle en l’ensemble du personnel diplomatique, il s’entremet auprès de la France et de la Grande-Bretagne pour les assurer que le royaume ne versera pas du côté du fascisme.

À partir de 1939, Bibesco vit en Roumanie. En 1945, sa femme meurt et les propriétés familiales sont confisquées par le régime communiste. Il ne retournera plus dans son pays. Il revient vivre à Paris où il meurt à en 1951.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN

« Mon petit Antoine ». Correspondances et conversations avec Marcel Proust