
Textes choisis et traduits du latin par Gérard Pfister. BILINGUE
Après le message de lucidité et de courage de George Orwell, ce 51e volume de la collection Ainsi parlait est consacré à « un précurseur et un guide » (Nietzsche) pour les temps futurs, le poète de la nature et de la liberté, Horace (65 – 8 av. J.-C.). Horace est le symbole même de ces très grands écrivains classiques dont la célébrité et l’autorité sont telles que, paradoxalement, on ne les lit plus. Son message est pourtant fait pour nous aider au quotidien : l’éloge de la nature, de l’indépendance, de la solitude, de la vérité.
Plusieurs citations d’Horace sont devenues très populaires comme Carpe diem ou Nunc est bibendum. Mais c’est toute l’œuvre qu’il faut redécouvrir. En en donnant une vision d’ensemble, cet Ainsi parlait bilingue permet d’en prendre la juste dimension, à la fois poétique et philosophique. Dans la même collection, Gérard Pfister est notamment l’auteur de Ainsi parlait Épicure et Ainsi parlait Montaigne.
« Le temps viendra, écrivait Nietzsche, où l’on se servira de Montaigne et d’Horace comme de précurseurs et de guides sur la voie qui mène à la compréhension du sage et du médiateur le plus simple et impérissable de tous, Socrate. » Et Montaigne lui-même, lorsqu’il met le point final à ses monumentaux Essais, ne laisse le dernier mot à nul autre qu’Horace.
Horace était fils d’un esclave affranchi et mettait un point d’honneur à le revendiquer. Il ne cache pas non plus qu’il avait s’était engagé pour le républicain Brutus contre celui qui allait devenir l’empereur Auguste. Lorsque ce dernier propose à Horace de devenir son secrétaire particulier, il refuse. Horace n’a décidément pas l’esprit courtisan. À la Rome impériale, il préfère sa campagne de Tibur et s’y réfugie autant que possible. Sa seule religion est l’amitié, et en premier lieu celle de Virgile (« la moitié de mon âme ») et celle de Mécène. La mort subite de Virgile a toujours semblé suspecte, de même que celle d’Horace, 59 jours après le décès de Mécène, son puissant protecteur auprès du tyrannique Auguste.
Le grand poète chinois Li Po, lui aussi de modeste origine, n’eut guère un meilleur sort auprès de l’empereur Minghuang, dont le long règne marqua l’apogée de la culture. Du jour au lendemain, il fut démis de ses fonctions et chassé de la cour. Du moins eut-il la vie sauve. De fait, le taoïste Li Po et l’épicurien Horace se rencontrent dans un même amour pour la nature, la liberté et le vin, par-delà les conventions sociales et les peurs individuelles.
Carpe diem, rappelle sans cesse Horace. Nietzsche avait raison : il est plus que jamais nécessaire de redécouvrir ce grand poète et philosophe aussi célèbre qu’inconnu, Horace.
Coll. Ainsi parlait – 192 p – 2026 – ISBN 978-2-845-90406-4 – 14 €