Horace

Horace est né en 65 av. J.-C. à Venouse, entre Naples et Bari. Esclave, son père venait d’être affranchi. Vers 55 av. J.-C., celui-ci trouve à Rome un emploi dans l’admini-stration des ventes publiques. Il s’efforce de lui donner l’éducation la plus soignée, ce dont Horace lui sera très reconnaissant: « Dès mon enfance il osa me porter à Rome, afin d’y apprendre tout ce que le chevalier et le sénateur font enseigner à leurs fils. » Il se rend même à Athènes pour parfaire ses études.

En 44 av. J.-C., César est assassiné. Brutus arrive en Grèce pour lever une armée. Horace s’y enrôle. Mais Brutus bientôt vaincu par Octave, se suicide. En 41 av. J.-C., une amnistie est proclamée en faveur des vaincus. Horace peut revenir en Italie. Avec l’argent qu’il lui reste, il achète une charge de secrétaire du questeur (responsable des finances de l’État), qu’il conservera tout au long de sa vie.

Il compose ses premières Satires et se lie d’une durable amitié avec son aîné Virgile, qui le présente à Mécène, proche d’Octave. Mécène restera lui aussi pour Horace un véritable ami. C’est lui qui lui offre cette villa de Tibur (Tivoli) qui sera son havre de paix. En 27 av. J.-C., Octave reçoit du Sénat les titres d’Augustus, Princeps et Imperator. Horace célèbre le retour de la paix et les succès d’Auguste.

En 19 av. J.-C., Virgile, de retour de Grèce, trouve la mort à Brindisi dans des circonstances peu claires. Horace lui succède comme « poète-lauréat ». Auguste lui propose aussi de devenir son secrétaire particulier. Malgré son refus, Auguste continue de lui passer commande de poèmes pour des célébrations officielles. Horace se retire de plus en plus dans sa villa de Tibur. Lorsqu’il meurt en 8 av. J.-C., Mécène écrit à Auguste : « Souviens-toi d’Horace comme de moi. » Mais le poète meurt brutalement, lui aussi, 59 jours plus tard, à 57 ans.

OUVRAGES PUBLIÉS AUX ÉDITIONS ARFUYEN :

Ainsi parlait Horace

Les Aventures d’une jeune fille noire

Comme un roman inédit de Conrad avait inauguré 2025 pour la collection Le Rouge & le Noir, 2026 s’ouvre par un texte quasi inconnu du grand Bernard Shaw, prix Nobel de littérature 1925, aussi génial et provocateur que son contemporain irlandais Oscar Wilde. 

Les Aventures d’une jeune fille noire ont paru à Londres en 1932  Écrit d’une traite lors d’un séjour de Shaw en Afrique du Sud, le livre est le récit tendre et ironique des rencontres d’une jeune fille noire dans la forêt africaine : prophètes et charlatans, caravanes de colons, ermites., etc. Cette drôlerie n’est cependant pas gratuite. Shaw dénonce toutes les formes d’obscurantisme religieux, mais livre aussi un ardent plaidoyer féministe et antiraciste.

« Je considère, écrivait Shaw, que la morale actuelle en matière de relations économiques et sexuelles est désastreusement erronée, et je considère avec horreur certaines doctrines du christianisme tel qu’il estaujourd’hui compris. »Le diagnostic reste plus vrai que jamais avec le regain actuel des fondamentalismes. L’ouvrage a suscité un véritable scandale dans les milieux conservateurs et religieux, et a été même interdit dans l’État libre d’Irlande. Ce n’était cependant pas la première fois que Shaw défiait le conformisme religieux et moral du public.

Cette levée de boucliers qu’ont suscitée Les Aventures de la jeune fille noire n’a pas n’empêché que ce grand texte obtienne un grand succès tant en Angleterre qu’aux États-Unis. Dès 1933, le livre était traduiteen français par Augustin et Henriette Hamon, traduction qui, du fait de l’antisémitisme affiché du traducteur, n’a jamais été rééditée. Ce contretemps a certainement beaucoup nui à la découverte en France d’un texte pourtant particulièrement représentatif de l’esprit généreux et irrévérencieux de Shaw.

La nouvelle a été rééditée à Londres en 1934 accompagnée d’un court essai, écrit à Ayot St.Lawrence, le village où Shaw s’était retiré. Nous présentons ici la traduction de ce texte, révisé en 1946, convaincus nous aussi, quelques décennies plus tard, de « l’importance d’un tel message dans la crise mondiale actuelle ».

Agnès CLERC

Née à Tours en 1964, Agnès Clerc a vécu son enfance dans une maison troglodyte dont le souvenir transparaît dans nombre de ses textes.

En 1980, elle commence des études de philosophie à l’université de Tours. Elle fait à cette époque la connaissance d’Emil Cioran et découvre, grâce à lui, l’œuvre de Léon Chestov.

Entre 1994 et 1996, elle séjourne à Coimbra (Portugal) et enseigne le français à l’université de Viseu. De retour en France, elle s’installe à Marseille où elle écrit son premier roman, La Mouette aux yeux bleus.  

Elle soutient en 1998, à l’université de Paris-Sorbonne, une thèse de doctorat en philosophie sur Marcel Proust.

Cette même année, son désir d’observer le fonctionnement de la société américaine la conduit aux États-Unis où elle vivra dix ans. Elle y écrit deux romans Le Dragon de Lawson et Phoenix, qui ont pour cadre tantôt Chicago, tantôt les déserts américains. Enseignant parallèlement langue et littérature françaises à Northwestern University, elle y prépare un PhD qu’elle obtient en 2005.

De retour en France en 2008, elle achève un quatrième roman, Al, où parler marseillais, anglicismes et argot punk se mêlent à la langue de Proust et au vocabulaire de la poésie classique.

Journal d’une planète minuscule

AVRIL 2025

Dans quelle mesure l’œuvre de Goethe est-elle encore actuelle dans le monde du xxie siècle ? […] De son vivant déjà, il s’est souvent senti isolé, incompris, décalé par rapport aux courants intellectuels et artistiques dominants. Il a agacé bien des contemporains par son apparent détachement, son indifférence affichée pour l’actualité. […]

Or, par bien des aspects et malgré les apparences, Goethe, en ce début du XXIsiècle, est plus actuel que jamais […] Ce n’est pas un hasard si Goethe a considéré la polarité comme une des lois essentielles de l’univers : systole et diastole, inspiration et expiration, extension et concentration, union et dissolution se répondent toujours selon lui. Le négatif est indissociable du positif et est une condition de l’intensification et de la progression. […] 

La loi de la polarité explique que dans la pensée de Goethe écrivain, savant et penseur politique, on trouve perpétuellement un subtil équilibre entre affirmation et négation, tradition et innovation, liberté et nécessité, optimisme et scepticisme, etc. Aucune interprétation n’est par conséquent définitive, ce qui permet des lectures successives presque infinies et fait, selon Nietzsche, qu’il est le seul écrivain allemand à n’avoir pas vieilli. […]

On distingue traditionnellement deux périodes dans l’œuvre de Goethe. La courte période de Strasbourg et de Francfort (1771-1775) marquée par sa participation au groupe d’avant-garde du Sturm und Drang, pendant laquelle il remporte deux succès éclatants grâce à son drame historique shakespearien (Götz von Berlichingen, 1773) et surtout à son roman par lettres (Les Souffrances du jeune Werther, 1774). Il défend des positions anthropologiques et artistiques extrêmes : subjectivisme assumé, liberté de création absolue, exaltation du génie créateur, mépris des règles et des conventions aussi bien dans la vie que dans l’art. 

La seconde période lui fait adopter des positions différentes qui amendent la plupart de ses conceptions antérieures. On date généralement ce retournement qui fit de lui un adepte du classicisme – un classicisme différent, du reste, de celui du siècle de Louis XIV – de son long séjour en Italie de 1785 à 1787, les dix premières années de son séjour à Weimar (1775-1785) constituant une sorte de période de transition. […]

Goethe a rapidement reconnu que le subjectivisme absolu de Werther était une impasse et a presque immédiatement mis en garde ceux de ses lecteurs tentés de suivre son exemple, y compris jusqu’au suicide. Plus tard, il proposera une explication psycho-historique du werthérisme et sera tenté d’y voir un phénomène morbide, une expérience qu’il aurait personnellement connue et surmontée à grand-peine. […]

Goethe vécut une période de transition riche en bouleversements politiques, sociaux et économiques. Il fut ainsi le témoin de l’introduction d’inventions techniques qui allaient modifier profondément la société : la machine à vapeur qui permit la création d’usines mécanisées, les chemins de fer qui accélérèrent les communications, les grands travaux qui modifièrent les paysages. 

Il essaya de comprendre et d’analyser ces changements. Il en observa, en particulier, les conséquences sur la vie concrète des humains. Or, nous vivons actuellement une transformation tout aussi rapide de notre environnement humain avec la mondialisation, la communication instantanée et les réseaux sociaux, en attendant les promesses et les périls de l’intelligence artificielle. 

Goethe a suivi avec attention l’actualité scientifique, comme le prouvent ses lectures et ses entretiens avec ses visiteurs, et il a été curieux des plus récentes innovations techniques, Il ne s’est pas coupé du monde nouveau et ne sera donc jamais un « anti-moderne ». Il l’a observé avec un mélange de curiosité et d’appréhension. Une attitude apocalyptique aurait été en contradiction avec sa conception positive de la vie et du monde, comme une adhésion totale aurait été un affront à sa lucidité.

La question qui l’occupa le plus dans son analyse de la modernité ne fut sans doute pas de nature technologique, mais anthropologique. Elle concernait l’auto-affirmation de plus en plus impérieuse de l’individu. Le narcissisme contemporain, tel qu’il se manifeste dans l’usage des « selfies » et la mise en scène permanente de sa vie personnelle sur les réseaux sociaux, ne fut-il pas anticipé par Goethe lorsqu’il nota sarcastiquement qu’il existait déjà « des gazettes pour toutes les heures du jour » et qu’ainsi « tout ce que chacun fait, tout ce dont il s’occupe, ce qu’il écrit, voire projette, est livré au public ». […]

Les deux grandes œuvres de la fin de sa vie, Les Années de voyage de Wilhelm Meister parues en 1829 et la seconde partie du Faust terminée en 1831 sont, pour l’essentiel, consacrées à une analyse spectrale de la modernité que Goethe voyait naître sous ses yeux. 

Le prix à payer est lourd. Un personnage des Années de voyage constate ainsi comment dans les vallées de montagne les plus reculées qu’il traverse, la vie traditionnelle des tisserands à domicile, réglée par la coutume et la religion, est menacée par l’introduction des machines modernes. C’est un phénomène irréversible à la fois positif et « démonique », créateur et destructeur. […]

Œuvre de toute une vie, Goethe termine la seconde partie de Faust moins d’un an avant sa mort. Il scelle le manuscrit et l’œuvre ultime ne sera publiée qu’après sa disparition. C’était à la fois affirmer le caractère testamentaire de l’œuvre et le peu de confiance que son auteur faisait aux facultés de compréhension du public contemporain. 

Cette seconde partie conduit Faust du « petit monde » de Marguerite au « grand monde » de la politique et de l’économie, du pouvoir et de la richesse. L’aspect subjectif s’efface au profit d’une représentation symbolique du monde contemporain assortie de quelques « exercices de pensée » (Denkübungen). 

À la cour de l’Empereur empêtré dans des difficultés financières, Méphistophélès invente le papier-monnaie qui provoque aussitôt une prospérité artificielle qui, très logiquement, doit se conclure par une banqueroute. Le monde entre dans l’économie virtuelle qui est devenue la nôtre avec ses crises à répétitions. Cette nouvelle réalité économique détermine jusqu’à la vie morale et la psychologie de l’individu moderne. 

Goethe note : « La vivacité du commerce, le bruissement du papier-monnaie, le gonflement des dettes destinées à payer les dettes, sont les énormes éléments sur lesquels est fondée aujourd’hui l’existence d’un jeune homme. » Le disciple de Faust, Wagner, fabrique dans son laboratoire un « petit homme » (homunculus), troublante anticipation des manipulations du vivant qui nous menacent. […]

Les digues et les brise-lames construits par Faust ne tiendront pas. Il n’a fait que préparer pour Neptune un « grand festin », tout sera anéanti par les éléments conjurés. Le manque de piété envers la Nature reçoit ainsi sa sanction. L’hybris d’une technique dénuée de toute réflexion morale et de tout sentiment de responsabilité envers la nature ne peut aboutir qu’à une catastrophe écologique. 

Faust reste l’être égocentrique qu’il a toujours été, il incarne toujours le bon plaisir dans son attitude envers les autres et le non-respect des lois de la nature. Sa démesure reste intacte et se manifeste clairement dans son projet final. […]

Pour caractériser les temps modernes, Goethe invente le bel adjectif composé veloziferisch (vélociférique) qui combine à l’idée de vitesse (velox) l’inquiétante nuance de « luciférien ». La vitesse à ses yeux excessive qui caractérise la vie moderne se manifeste négativement par l’impatience et la précipitation dont sortent bien des maux. C’est le rythme régulier de la nature qui lui sert de référence pour prôner plus de lenteur et de patience. […]

La modernité de Goethe se révèle tout autant sur le plan formel que thématique, en particulier dans ses dernières grandes œuvres. Comme d’autres grands créateurs, il atteint une extrême liberté à la fin de sa vie, parce qu’il ne se soucie plus de l’avis des critiques et des lecteurs contemporains. Il n’écrit plus que pour les happy few qui partagent sa façon de voir et éventuellement pour le lecteur de l’avenir. […]

L’Homme sans langue

suivi de Résistance par la langue

L’Homme sans langue est bâti sur plusieurs jeux de contrepoint : entre l’autobiographie et des collages de textes variés, mais aussi entre les trois langues sous-jacentes au récit : l’allemand, l’alsacien et le français.

Le travail du narrateur se fait par « creusements » : « Je suis à la recherche des racines d’une vie, d’une œuvre. Les autres moissonnent, moi je creuse. » Il y a d’emblée « l’inquiétante étrangeté » du lieu natal porteur d’un fantastique hérité du romantisme allemand. Aux immenses pertes humaines dues aux guerres successives, s’ajoute une perte plus profonde encore : la perte de la parole.

Dépossédés tour à tour de leurs différentes langues, les survivants se retrouvent sans identité, sans énergie vitale. Aphasiques, comme privés de leur âme. Si les mots et l’être, les mots et les choses ne coïncident plus, comment la crise ne deviendrait-elle profondément existentielle ? La guerre, on le voit aujourd’hui à nouveau, ne tue pas que les corps, elle ronge et détruit les âmes.  

L’Homme sans langue marquera pourtant pour Adrien Finck le début d’une période d’intense création sous le signe d’une véritable « Résistance par la langue », titre sous lequel est proposé ici un choix de poèmes le plus souvent écrits en alsacien, car au milieu désastre, seule la langue maternelle , comme l’écrit Paul Celan, «  ne ment pas  ».

Traduit par Michèle Finck, fille de l’auteur et prix Apollinaire 2024, et Angèle Finck, sa veuve, ce livre est publié dans le cadre du prix Nathan Katz du patrimoine 2025, créée en 2004 et parrainé par l’OLCA. Adrien Finck en est le 17e lauréat.

L’errant chérubinique

Der Cherubinische Wandersmann 

Avec le concours notamment de spécialistes tels que Alain de Libera, Roger Munier, Marie-Anne Vannier, Rémy Vallejo, Francis Rapp, Éric Mangin ou Jean Moncelon, les Éditions Arfuyen ont publié de nombreux ouvrages consacrés à la mystique rhénane : de Jean Eckhart à ses célèbres successeurs Jean Tauler, Henri Suso, Jean de Ruysbroeck ou moins connus comme l’Ami de Dieu de l’Oberland, Rulman Merswin, l’Anonyme de Francfort, ou plus lointains comme Gerlac Petersen, Nicolas de Cues ou Angelus Silesius.

De tous ces auteurs, Maître Eckhart est évidemment celui dont la forte personnalité spirituelle et philosophique fascine le plus et dont le prestige a franchi toutes les barrières culturelles et religieuses pour s’imposer comme une référence universelle. Mais, malgré la multiplication des traductions, la lecture d’Eckhart n’est pas d’un accès aisé tant son écriture est remplie de références scripturaires et scolastiques qui peuvent déconcerter le lecteur d’aujourd’hui.

C’est pourquoi s’est imposée aux côtés de Maître Eckhart la figure d’un écrivain inclassable, Angelus Silesius, « l’Ange de Silésie », poète mystique et personnage extravagant, qui, écrivant trois siècles après Eckhart et de tempérament pourtant fort différent, réussit, dans de très brefs et tout simples distiques, à nous livrer la pensée du maître thuringien avec une force et une acuité proprement stupéfiantes.

Toute la difficulté est ensuite de traduire ces distiques avec la même force et acuité qui se trouve dans l’original. Beaucoup s’y sont essayés en tant que théologiens ou érudits. Aucun n’y est parvenu avec la même réussite que Roger Munier, lui-même philosophe et poète.

La traduction de Roger Munier a été publiée pour la première fois en 1970 chez Denoël. Elle a été très largement remaniée et complétée dans la l’édition réalisée par Arfuyen en 1993. Le présent volume en donne l’édition définitive.

Le choix de Roger Munier n’a pas été de donner l’intégralité des 1676 textes de Silesius, dont la forme est assez variée et la qualité inégale. Il a préféré ne retenir que les quelque 500 textes dont la portée est le plus universelle, au-delà d’un contexte historique qui marque de nombreux poèmes de Silesius d’une intention didactique voire catéchétique.

Leibniz range Silesius parmi ceux « dont les pensées extraordinairement audacieuses, remplies de comparaisons ardues… confinent à l’impiété ». Roger Munier voit dans cette «cette tension hardie vers les confins dans l’approche du mystère tant de Dieu que de l’homme » un appel qui, étrangement, semble nous être directement adressé, bien que venant d’une voix qui a retenti voici plus de trois siècles.

C’est cette modernité que Munier a voulu souligner par une traduction nouvelle du titre : on avait coutume, en effet, de rendre le mot Wandersmann par le français « pèlerin ». Mais « pèlerin » se dit en allemand Pilger (Silesius emploie d’ailleurs Pilger à plusieurs reprises). Wandersmann n’évoque rien d’autre que la marche et le cheminement. Ce dont nous parle Silesius, c’est avant tout de l’homme en quête et voué à l’errance, à cette marche extatique dans le temps qui fait de l’âme « la tente errante de Dieu » (IV, 219) et qui nous concerne tous, à des degrés divers.

Pour mémoire, rappelons qu’un autre ensemble de traductions, orienté vers des textes plus spécifiquement théologiques et spirituels, est disponible chez Arfuyen sous le titre Un chemin vers la Joie (Les Carnets spirituels, bilingue).

Les Héritiers du monde

The Inheritors

Totalement inédit en français, Les Héritiers du monde (The Inheritors) a paru en 1901,juste après deux des chefs-d’œuvre de Conrad, Au cœur des ténèbres (1899) et Lord Jim (1900).

Ce récit prophétique et haletant dénonce les techniques de désinformation et de manipulation qui, d’un popu-lisme à l’autre, ne cessent de menacer les démocraties.

Avec une étonnante maestria, Conrad et Ford tissent une intrigue à trois niveaux : un financier philanthrope et mégalomane mène une campagne inter-nationale pour exploiter les ressources du Groenland ; un noyau d’activistes cherche à compromettre le gouver-nement britannique pour discréditer sa «politique de la raison » ; par un subtil jeu d’échecs, une femme fasci-nante et cynique les manœuvre tous à ses propres fins.  

Qui sont ces « Héritiers du monde », dont elle se revendique ? « Nous sommes l’Inévitable, affirme-t-elle, et vous ne pouvez rien contre nous. »

Le plus étonnant dans ce roman, c’est que cette histoire qui ressemble à La Guerre des mondes (H. G. Wells était un ami de Conrad) ou à une dystopie sur les cyberdictatures, se fonde sur la situation du Congo belge, riche en or, pétrole et autres ressources, tel que Conrad l’a découvert lorsqu’il y a été embauché comme capitaine de steamer en 1890.

Le personnage central des Héritiers du monde, est fortement inspiré du roi Leopold II, « sorte de philanthrope mégalomane » qui pillait sans scrupule cette terre devenue son bien personnel. Le Groenland du roman transpose ces souvenirs du Congo. Exploiter les richesses du Groenland en jouant entre les grandes puissances, est-ce un hasard si c’est le thème de la quatrième saison de la fameuse série danoise Borgen ?

Ainsi parlait Colette

La littérature française classique compte quatre écrivaines majeures : Madame de Sévigné, Germaine de Staël, George Sand et Colette. De ces quatre-là, Colette est la seule dont l’œuvre est très largement lue aujourd’hui encore.

Écrivaine populaire avec les Claudine et les Chéri, Colette est devenue grâce à sa liberté d’esprit et la puissance de son écriture, une sorte d’équivalent féminin de son contemporain Marcel Proust.

Colette aimait à dire pourtant qu’elle n’était devenue écrivaine que par hasard : « Dans ma jeunesse je n’ai jamais, jamais désiré écrire. » Mais à l’âge de 20 ans, elle épouse Gauthier-Villars (Willy) et devient l’un de ses multiples « nègres ».  Sa vocation, nous dit-elle, était tout autre : « Née d’une famille sans fortune, je n’avais appris aucun métier. Je savais grimper, siffler, courir, mais personne n’est venu me proposer une carrière d’écureuil, d’oiseau ou de biche. »

Colette n’a pas fréquenté, comme les autres grands écrivains de sa génération, les grands lycées parisiens. Sa scolarité s’est arrêtée lorsqu’elle avait 16 ans. Elle a toujours gardé l’accent bourguignon : cette « voix de syrinx, écrivait Aragon, où perchait / Avec toutes les variations d’un / Beaune / Le roulement des r comme un vin dans le chai ».

Sans cesse, écrivait-elle, il faut retourner aux choses : « Nous ne regardons, nous ne regarderons jamais assez, jamais assez juste, jamais assez passionnément. » Ce qui rend vivantes toutes choses, c’est une certaine vibration qui est en elles, un rythme. Colette jouait bien du piano et a écrit le livret de L’Enfant et les Sortilèges de Ravel.

C’est chez sa mère qu’elle a trouvé la force de cette liberté indomptable. « Marcel Schwob, déclarait-elle, m’appelait “la béguine aux scrupules”. Et il est vrai que je mets des scrupules un peu dans tout. Je cache mes scrupules sous un peu de cynisme. »

Les insoumis

Publiés sous formes de dépliants, ces ouvrages avaient pour vocation de contourner les obstacles économiques qui entravent la diffusion de la poésie. Très bon marché, ils permettaient d’avoir un autre rapport avec l’objet livre. Seuls deux niméros ont pu paraître. L’âpreté des textes publiés était en étroite relation avec la démarche éditoriale.

Margherita GUIDACCI Neurosuite (une version augmentée a été éditée dans les Cahiers d’Arfuyen)

Gérard PFISTER Les chiens battus

Tirés à part

Le cadre de la revue a assez vite semblé trop étroit et sa périodicité trop contraignante pour donner leur juste place aux textes et aux auteurs qui étaient à publier. À la revue Arfuyen ont ainsi succédé des « tirés à part » de même format, comme une transition entre revue et éditions à proprement parler.

n° 19. Philippe DELARBRE Tourmentes — n° 18. LI SHANG YIN Le Torrent de jade — n° 17. Charles JULIET L’autre chemin – n° 16. William ENGLISH Transitions — n° 15. Leonardo SINISGALLI L’Âge de la lune — n° 14. Roger MUNIER Terre sainte — n° 13. Ishikawa TAKUBOKU Ceux que l’on oublie difficilement — n° 12. Margherita GUIDACCI Le vide et les formes — n° 11. Fazil Hüsnü DAGLARCA Avant-Lumière – n° 10. Raymond DEPARDON Notes — n° 9. Gérard PFISTER Aventures — n° 8. Philippe DELARBRE Scellés — n° 7. Agrippa d’AUBIGNÉ Tombeaux, adieux et vers funèbres — n ° 6. William ENGLISH Clichés — n° 5. Jürgen THEOBALDY Zweiter Klasse — n° 4 Bettina JONIC Once again déjà vu