
Ce livre est le quatrième de Gérard Bocholier aux éditions Arfuyen après La Venue (2006), Belles saisons obscures (2012) et Depuis toujours le chant (2019). Il a publié dans la collection « Ainsi parlait » deux volumes consacrés à Georges Bernanos (2019) et André Gide (2022). Riche de plus de trente livres de poésie et de nombreux essais, l’œuvre de Gérard Bocholier apparaît comme l’une des plus significatives d’aujourd’hui.
Marquée par l’influence de Pierre Reverdy, Anne Perrier et Philippe Jaccottet, elle est remarquable par son écriture fluide et limpide, aux profondes et sobres résonances spirituelles. Agrégé de lettres et longtemps professeur de lettres classiques en hypokhâgne, Gérard Bocholier est également critique littéraire pour de nombreuses revues et assure la direction de la revue Arpa depuis 1991.
Un jardin. Le début de l’automne : « Cette allée qui s’efface / De pétales se comble/ De feuilles qui se plaignent / A l’avancée des pas // Dessous la terre vibre / Couve l’appel des gouffres » C’est le poème liminaire et tout est suggéré : la beauté inépuisable du monde et la mélancolie inguérissable de qui sait devoir la quitter. Tout devient objet de rêverie, matière à contemplation, que scandent cinq moments : « Chemins », « La maison », « Tout le temps », « Un souffle », « Le passage », « L’allée ».
« J’ai marché / Entre des fossés des flaques / Écrit / Quelques livres / Ému / Au simple cristal du jour // J’arrive en vue / D’une plaine immense / Où ondoient des draps de neige. » Et puis quoi ? Notre présence est si légère, si fugitive. Tout ce que nous avons aimé n’était peut-être qu’une odeur dans nos narines.
« J’ai aimé beaucoup de poussières / Et toutes leurs odeurs de temps // Les plus âcres montaient des ruines / Les plus poignantes des vieux livres. » Ces « odeurs de temps » continuent de flotter dans les murs aujourd’hui inhabités, dans les livres depuis longtemps oubliés, acides jusqu’à faire venir aux yeux les larmes. « Il n’y a qu’une ravine de vent, dit l’ultime poème / D’ici à cet arbre / Qui pousse ses bras de flammes / Au plus épais des ténèbres // Les maisons sont désertées / Les vignes mortes / La trace des lèvres / Sur le portrait / Effacée // Reste la lumière. »
Coll. Les Cahiers d'Arfuyen — 2024 — 144 p — ISBN 978-2-845-90373-9 — 15 €