Souvenirs de la planète Terre

Ce roman est le sixième ouvrage de la collection Le Rouge & le Noir.  Y ont paru des inédits de romanciers anglophones (Arnim, Wharton et Conrad) ou japonais (Hayashi) ainsi qu’un ensemble de textes de Balzac sur Venise. Ce volume est le premier d’une série consacrée à la réédition de chefs-d’œuvre oubliés de grands écrivains de langue française.

Texte testamentaire publié à Paris en 1945, Souvenirs de la planète Terre, du grand écrivain roumain de langue française Ilarie Voronca, n’a étonnamment jamais été réédité. Roman pourtant prophétique dans son interrogation écologique sur le rapport entre l’homme et la planète : quelle y est notre juste place ? En sommes-nous maîtres ou serviteurs ?

« Il se croyait effectivement un voyageur venu d’une planète ou de quelque univers inconnu et il tâchait de comprendre les êtres et les choses qu’il rencontrait. […] Une chose lui semblait de plus en plus indiscutable : ces hommes n’étaient pas les maîtres de ces contrées. […] Il est vrai que les hommes se comportaient entre eux et vis-à-vis des autres choses et êtres comme s’ils eussent été des maîtres ayant droit à une complète obéissance. […] Mais, sous son œil d’étranger, ces hommes ressemblaient plutôt aux membres de quelque fourmilière géante s’adonnant à un travail obstiné et aveugle. »

Tel le Petit Prince d’Antoine de Saint-Exupéry ou l’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll, le narrateur va interroger les plantes, les bêtes, les pierres, les machines… Pourquoi en avoir fait des ennemis ?  Pourquoi l’homme en a-t-il si peur ?

« Ceux qui exploitent l’homme avaient besoin de maintenir ces angoisses, comprend-il enfin, comme ils avaient besoin de maintenir les quartiers sordides, les taudis, la malpropreté, les salaires de famine, afin de pouvoir dire : “Vous voyez, il n’y a rien à faire. Nous ne pouvons pas lutter contre tout cela. Il vous faut vous résigner.” » Malgré ce message joyeux, plein de révolte et d’espoir, Voronca lui-même n’avait pourtant plus la force de lutter. Il se donnera la mort le 4 avril 1946.

Dans sa préface, Nicolas Cavaillès, éditeur du volume Cioran dans la Pléiade et romancier chez Corti salue en Voronca « ce génie symboliste et généreux, mû par une sollicitude sans borne » et, dans ce roman, sa « fausse naïveté conceptuelle et hallucinée qui, à chaque page, apporte des formules merveilleuses ».