Mal d’Italie

L’Italie est au cœur de la vie d’Henry James. Elle est pour lui ce lieu d’accomplissement sensoriel où l’on peut vivre « vibrant et scintillant d’un désir aux yeux ouverts ». Découverte si violente qu’elle le rend comme malade, et Henry se confie à son frère William sur ses problèmes de santé comme Marcel Proust à son propre frère, lui aussi médecin.  

Venise, Florence, Rome : Henry James rend compte de tous ses émerveillements avec une qualité de regard et une richesse de culture qui font de ces lettres de véritables guides, à la manière des textes de Ruskin ou d’André Suarès. Mais Henry James est écrivain et il faut lire aussi ces pages comme des sources d’inspiration pour ses textes de fiction comme Les Ailes de la colombe ou ce délicieux Retour à Florence que publient ce même mois les éditions Arfuyen. 

En mars 1869, Henry James, âgé de 25 ans, part seul de Cambridge (Massachusetts) pour son premier grand tour d’Europe. Il se rend d’abord Angleterre pour une cure, puis, surtout, en Italie, de septembre 1869 à janvier 1870. Il visite successivement Venise, Florence, Rome d’où il envoie à son frère William, des comptes rendus aussi détaillés et informés que passionnés, constituant autant d’admirables guides pour découvrir ces villes.

William n’est que de peu son aîné, mais il a à ses yeux « gagné une telle avance sur moi en ses seize mois d’expérience du monde avant le début de la mienne, que durant tout le temps de l’enfance et de la jeunesse je ne l’ai absolument jamais dépassé ni rattrapé. » Les lettres très libres et confiantes qu’il écrit à son frère témoignent du bouleversement radical que constitue pour lui cette profonde découverte de l’Italie.

Assis dans la grande salle du palais des Doges, Henry se désole d’abord d’un certain manque de réceptivité : « Je pourrais y rester indéfiniment assis, je ne m’en sentirais que de plus en plus inexorablement Yankee. » Pire : comme un fait exprès, ses maux de ventre et de dos s’aggravent au point de l’empêcher de « jouir sensiblement des choses ».

Mais à Rome, c’est la libération et l’éblouissement : « Enfin, pour la première fois, je vis ! Cela surpasse tout. J’ai titubé et gémi le long des rues dans une fièvre de plaisir. » À jamais l’Italie restera pour lui l’a’unique, la miraculeuse patrie de l’âme, mais aussi une prodigieuse source d’inspiration aussi pour les textes de fiction, comme Les Ailes de la colombe ou ce délicieux Retour à Florence que publient ce même mois, comme un contrepoint entre réalité et fiction, les éditions Arfuyen.