L’éternelle jeunesse
de Jack London
D’une grande variété de thématiques, les cinq nouvelles publiées ici sous le titre L’Étrange Expérience d’un misogyne sont traduites pour la première fois en français.
O’Haru, qui raconte l’histoire d’une geisha japonaise avec une très sûre qualité d’information quant aux traditions japonaises, a été écrit en avril 1897 lorsque Jack London n’avait pourtant encore que 21 ans. The Mahatma’s Little Joke (Le petit jeu du Mahatma), bref conte philosophique qui remet en cause, sur un mode humoristique, les fondements mêmes de l’identité individuelle, a été écrit le mois suivant.
The Strange Experience of a Misogynist (L’étrange expérience d’un misogyne) est la nouvelle la plus ample. Que se passerait-il si du jour au lendemain les femmes disparaissaient de la face de la terre ? Cette sorte de dystopie, bien plus sérieuse et profonde qu’il n’y paraît, poussée jusqu’à lses conséquences les plus inattendues, a été quant à elle écrit entre mai et septembre 1897.
The Plague Ship (Épidémie à bord), plus proche des thèmes martimes habituels à Jack London, a été rédigé entre septembre et décembre de cette même année. Enfin A Dream Image (Une image de rêve), magnifique idylle teintée d’éléments presque fantastiques, a été rédigé en 1898.
Ces cinq nouvelles, envoyées à des revues par le tout jeune homme, ont été reprises dans l’édition complète des nouvelles de Jack London (The Complete Short Stories of Jack London) publiée par Stanford University Press en 1993. Elles marquent l’extraordinaire précocité de Jack London comme écrivain. On sait qu’il a publié son premier texte à 17 ans, en novembre 1893. Il venait de gagner le concours organisé par le San Francisco Morning Call, avec une nouvelle intitulée Typhoon off the coast of Japan (Un typhon au large des côtes du Japon).
Il abordera, au cours de sa carrière d’écrivain, les genres littéraires les plus variés, du récit au roman, de l’essai au théâtre, mais restera toute sa vie fidèle à ce genre littéraire de la nouvelle qu’il amènera à une forme de perfection.
De son vivant, ce ne sont pas moins de seize recueils de nouvelles qui paraîtront : The Son of the Wolf (Le Fils du loup), 1900 ; The God of His Fathers (Le Dieu de ses pères), 1901 ; Children of the Frost (Les Enfants du froid), 1902 ; The Faith of Men (La Foi des hommes), 1904 ; Tales of the Fish Patrol (Patrouille de pêche), 1905 ; Moon-Face (Pleine-Lune), 1906 ; Love of Life (L’Amour de la vie), 1907 ; Lost Face (La Face perdue), 1910 ; When God Laughs (Quand Dieu ricane), janvier 1911 ; South Sea Tales (Contes des mers du sud), septembre 1911 ; The House of Pride (L’Île des lépreux), mars 1912 ; A Son of the Sun (Un fils du soleil), mai 1912 ; Smoke Bellew (Belliou la Fumée), octobre 1912 ; The Night Born (Née de la nuit), 1913 ; The Strength of the Strong (La Force des forts), 1914 ; The Turtles of Tasman (Les Tortues de Tasmanie), 1916.
Quatre recueils de nouvelles ont paru après sa mort : The Human Drift (L’Humanité en marche), 1917 ; The Red One (Le Dieu rouge), 1918 ; On the Makaloa Mat (Histoires des îles), 1919 ; Dutch courage (Courage hollandais), 1922.
De nombreuses autres nouvelles, et non des moindres, sont toutefois restées en marge de ces recueils. On citera pour exemple la nouvelle la plus fameuse de London, To Build a Fire (Construire un feu), écrite en 1892 et réécrite en 1908, qui ne fait partie d’aucun des recueils énumérés. On peut également citer les trois nouvelles écrites par Jack London en 1898 après l’expédition au Klondike qui n’ont été publiées en recueil qu’en 1983 sous le titre A Klondike Trilogy (Neville Publishing, Santa Barbara, Californie).
Les cinq nouvelles de L’Étrange Expérience d’un misogyne témoignent de l’éternelle jeunesse d’un écrivain formé dès l’âge de 14 ans par les plus rudes expériences professionnelles et qui n’a cessé cependant de mûrir une réflexion d’une étonnante profondeur et d’une humanité toujours extraordinairement émouvante.