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Retour à Florence

L’Italie a exercé sur Henry James et sur Marcel Proust la même fascination, et tous deux, formés par une lecture approfondie de l’œuvre de John Ruskin (dont Proust a lui-même traduit deux livres), savent expertement en analyser les formes et en dégager la beauté. James a raconté dans ses lettres à son frère (publiées ce mois-ci par Arfuyen sous le titre Mal d’Italie) sa découverte bouleversante de Venise, Florence et Rome. Le présent livre de fiction montre la puissante source d’inspiration que ces villes ont été pour lui.

Retour à Florence est certainement l’un des textes d’Henry James (1843-1916) où l’on ressent le plus les affinités entre la sensibilité de l’écrivain américain et celle de Marcel Proust (1871-1922). L’attention presque hallucinée aux présences sensprielles,, de même qu’aux jeux de miroir qui apparaissent entre les personnages et les situations d’aujourd’hui et d’hier, vise à la même magie et provoque chez le lecteur le même charme troublant.

« J’ai voyagé trop loin, j’ai travaillé trop dur. J’ai vécu sous des climats brutaux, et me suis associé à des gens épuisants. » De retour à Florence, le narrateur erre dans les jardins Boboli et les salles du palais Pitti, longe les quais de l’Arno en contemplant « le fleuve jaune et les collines violettes». Toutes les impressions d’autrefois lui reviennent comme intactes, avec la même charge d’émerveillement et de souffrance.

« Chaque chose m’en rappelle une autre, mais aussi se rappelle elle-même, simultanément. Mon imagination trace un grand cercle, et revient au point de départ. » Proust avait lu Henry James et on ne peut qu’être frappé de l’intérêt qu’ils manifestent tous deux pour la perception et la mémoire. « J’ai fermé les yeux, note le narrateur de Retour à Florence, et j’ai écouté. Je pouvais presque entendre le bruissement de sa robe sur le gravier. »

Les troublantes ressemblances qui font basculer la conscience du narrateur de la Recherche, Henry James nous les fait ressentir de façon non moins vertigineuse. Cette contessa Bianca Salvi, « morte il y a dix ans », dont il cherche à retrouver la trace, l’auteur l’a-t-il connue – ou son modèle – lorsqu’il découvrit Florence, dix ans avant d’écrire le texte ? L’a-t-il lui aussi fréquentée cette « vieille maison merveilleuse, via Ghibellina », où elle tenait salon ? Et ce jeune Anglais, Stanmer, qui tombe amou-reux de sa fille, est-il son autoportrait ? Les jeux de miroir sont incessants dans ce Retour à Florence, tout comme dans les deux récits situés à Venise et à Rome, savamment tissés par l’éblouissant conteur des Papiers d’Aspern.

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