La Vie et les Chants

INÉDIT EN TOUTES LANGUES

Rilke est mort en 1926 et on célèbre cette année le centenaire de sa mort. Parmi tous les hommages qui marqueront cette occasion, aucun ne pourra être aussi émouvant et marquant que celui-ci.

La Vie et les Chants a été édité à Strasbourg en 1894. C’est le tout premier livre publié par Rilke. Il est totalement inédit en français et n’a jamais été réédité en Allemagne, où il est introuvable. Avec l’enthousiasme et les tâtonnements de la jeunesse, il porte pourtant en germe les principaux thèmes et les traits de sensibilité de l’ensemble de l’œuvre.

En décembre 1894, Rilke publie son premier livre chez Kattentidt, à Strasbourg. « Je voulais à tout prix me défaire de mes souvenirs de jeunesse en Bohême. Mais c’est surtout la compréhension de M. Kattentidt, homme plein de goût et de force, qui décida peut-être de tout mon avenir. » Un an avant sa mort, il cherche à revoir le siège de l’éditeur.

Leben und Lieder (La Vie et les Chants) est dédié à la fiancée de ses 19 ans, Valérie von David-Rhonfeld. C’est elle qui inspire nombre de ses poèmes et finance l’ouvrage. « Toute ma vie jusqu’à présent, lui écrit Rilke, m’apparaît comme un chemin qui mène à toi ». Mais s’il aime à se voir en troubadour de la « divine Vally », cette dépendance affective et financière l’insupporte très vite, et plus encore le livre qui en est le fruit. Jamais le livre ne sera réédité. « C’est une des plus grandes raretés de la littérature allemande », déclarait déjà le fidèle éditeur de Rilke, Insel-Verlag.

« Le plus grand poète lyrique que l’Allemagne ait porté depuis le Moyen Âge » : un an après la mort de Rilke, en 1927, c’est en ces termes que le Robert Musil célébrait Rilke. Nous publions ici la traduction de ce magnifique hommage. Comme un ultime salut, il fait pendant, 32 ans après, au premier recueil ici redécouvert.

D’un tel auteur, il est certain que, d’un tel écrivain, aucun texte ne peut être négligeable. Celui-ci est riche des plus hautes promesses : « La sécurité est pour les vers de terre : / ignorant la noble audace, ils ne hantent / que la poussière. Les chercheurs de soleil, / c’est le danger qu’ils aiment. »