Les Chants de l’Enténébré

Poèmes choisis, traduits de l’allemand et présentés par Michèle Finck – BILINGUE

Comme l’Allemand Novalis (1772-1801), comme l’Anglais Keats (1795-1821), comme l’Italien Leopardi (1798-1837), comme le Français Rimbaud (1854-1891), l’Autrichien Georg Trakl (1887-1914) est un des grands météores de la littérature européenne. De la génération qui suit celle de Hofmannsthal (1874) et Rilke (1875), Trakl incarne une révolte viscérale face aux valeurs de la grande bourgeoisie autrichienne et du classicisme goethéen.

Durement marquée par l’expérience de la drogue, de l’inceste, de la démence et de la guerre, son œuvre annonce toutes les transgressions et les souffrances du siècle à venir.  Son internement psychiatrique au lendemain de la bataille de Grodek et sa mort mystérieuse ajoutent à sa légende pour en faire une image exemplaire du poète moderne et le précurseur du grand poète allemand d’après la catastrophe, Paul Celan.

Rimbaud cesse d’écrire avant trente ans, Trakl meurt à vingt-sept ans en 1914 et sa période dite de « maturité » n’aura également duré que quatre ans (1910-1914). Comme celui de Rimbaud, le parcours poétique de Trakl est menacé par la folie : « Aucun des sophismes de la folie, – la folie qu’on enferme – n’a été oublié par moi », écrit Rimbaud.

C’est cette même démence qui « enténèbre » l’œuvre de Trakl. Mais alors que Rimbaud, prophète solaire et exalté, travaille à l’échelle de « l’immensité de l’univers » et de tous les hommes, Trakl, l’ermite nocturne, ne conçoit qu’une harmonie transmissible à quelques « séparés »

L’hostilité de Trakl envers le classicisme bourgeois de Goethe contraste avec son admiration pour Novalis, qui apparaît comme son double bienheureux.  Mais, plus encore que Novalis, l’interlocuteur majeur de Trakl est Hölderlin, qui incarne la figure du « poète fou », devenu étranger à une réalité extérieure sans emprise sur lui.

Rilke disait avoir « beaucoup fréquenté, avec la plus grande émotion, la poésie de Georg Trakl. » Mais il s’interrogeait aussi : « Qui donc pouvait-il être ? » C’est à cette question que Michèle Finck s’efforce de répondre en traduisant ses poèmes les plus significatifs et en méditant sur cette « œuvre-destin ». Trakl appelait Rimbaud son « frère à la plainte violente » et Hölderlin, son « frère » au « chant doux ». Dans ces Chants de l’Enténébré, le poète nous donne à entendre une matière sonore entièrement nouvelle, voix de notre modernité en détresse.

        Collection Neige  –  2021  –  ISBN 978-2-845-90307-4  –  15 €