À l’approche des 50 ans d’Arfuyen
Les éditions Arfuyen ont publié cette année 19 livres. Le rythme est élevé, mais le champ de nos publications s’est élargi d’année en année par la création de nouvelles collections.
En 2015 est apparue la collection « Ainsi parlait » dont le concept original vise à faire redécouvrir l’œuvre de ces grands écrivains qui constituent le patrimoine culturel transmis par les générations précédentes et que la tyrannie de l’actualité permanente contribue à reléguer chaque jour davantage dans l’oubli. Comme Épicure avait recueilli la substantifique moëlle de ses 300 ouvrages en 40 aphorismes destinés tout autant à aider les débutants qu’à secourir la mémoire des plus anciens disciples, il s’agit ici de faire apparaître l’essentiel de ce qu’a été la vision du monde de tant d’esprits puissants et de sensibilités originales au travers des phrases les plus révélatrices qui jalonnent leur œuvre année après année et représentent en quelque sorte leur apport à notre commune humanité. Lorsqu’il s’agit d’auteurs de notre langue, les phrases présentées sont au nombre d’environ 450 ; pour des auteurs de langue étrangère, elles sont reproduites à la fois dans leur langue originale et en français, dans une traduction nouvelle, pour un nombre total d’environ 250.
À l’occasion du 100e anniversaire de sa mort, paraîtra en janvier prochain le 42e volume de cette collection, consacré à Anatole France, préfacier du premier livre de Proust et modèle de l’exemplaire Bergotte, prix Nobel de littérature et auteur de l’admirable Les dieux ont soif mais aussi du savoureux Jardin d’Épicure. Au moment où renaissent et rivalisent les fanatismes dans leur tapageuse crétinerie, nous avons grand besoin d’entendre la leçon de liberté de ce «sceptique passionné », comme l’appelait notre amie Marie-Claire Bancquart, responsable de l’édition d’Anatole France dans la bibliothèque de la Pléiade, et de redécouvrir le « gai savoir » de cet exact contemporain de Nietzsche, pour reprendre les termes de Guillaume Métayer, en charge de cet Ainsi parlait Anatole France et lui-même éminent spécialiste et traducteur de l’auteur du Zarathoustra.
En 2019 a été lancée la collection « Les Vies imaginaires » qui explore le vaste domaine situé aux confins des écrits biographiques et des œuvres de fiction, de l’expérience et de l’imagination, où la forme s’élabore et s’approfondit la conscience du créateur. Deux grands ensembles sont à distinguer parmi les 20 volumes qui ont déjà paru dans cette collection. En premier lieu, les textes autobiographiques, qui peuvent tantôt emprunter la forme de notes de journaux intimes, tantôt celle de textes de réflexion, tantôt celle de récits plus ou moins fantasmés, aux frontières de la fiction. En deuxième lieu, ce sont aussi des correspondances adressées à des amis proches ou des entretiens recueillis par leurs soins, qui, par l’intermédiaire d’un interlocuteur plus ou moins impliqué, recoupent les mêmes tâtonnements et réflexions que la première catégorie de textes.
En février prochain paraîtra dans cette collection la première traduction française des Lettres à une jeune femme de Rainer Maria Rilke, parues aux éditions Insel en 1930, un an après les fameuses Lettres à un jeune poète dont on sait l’importance essentielle dans l’œuvre de Rilke. Ces lettres seront accompagnées d’un ensemble d’écrits sur l’amour qui permet de comprendre la place essentielle de ce thème dans la pensée de Rilke et font apparaître la frappante modernité de sa réflexion à cet égard puisqu’il vise avant tout à libérer l’amour de toute forme d’emprise et de possessivité.
Et, comme s’approche le 50e anniversaire des éditions, fondées en 1975, une nouvelle collection sera inaugurée en mars prochain qui ouvrira aux éditions le domaine – laissé jusqu’ici de côté – de la fiction, à travers le roman et les nouvelles. La littérature étrangère y aura sa part, comme la littérature française, et, de même, la création comme les rééditions. Au rebours de la primauté donnée à l’heure actuelle aux thèmes d’actualité et à une langue strictement véhiculaire – dans une sorte de néo-naturalisme plombant et moralisateur –, les choix seront portés avant tout vers des textes d’une haute qualité littéraire et d’une grande liberté formelle, s’autorisant toutes les expériences, tous les mélanges, tous les vagabondages.
Mais puisque, d’ici là, les festivités de fin d’année sont propices à s’échanger des livres, une récapitulation des parutions de l’année qui s’achève pourra être, nous l’imaginons, de quelque utilité. Les éditions Arfuyen ont la chance, en effet, de bénéficier de la meilleure accessibilité grâce à notre diffuseur, Sofédis (groupe Sodis-Gallimard), qui permet à nos ouvrages de pouvoir être commandés aisément dans toutes les librairies.
De nos Hautes-Huttes enneigées en ces semaines d’approche de Noël, nous vous adressons tous nos souhaits d’heureuse fin d’année.