La Petite Chambre qui donnait sur la potence

Katz

Traduit de l’allemand par Jean-Louis Spieser. Préfaces de Yolande Siebert et Jean-Paul Sorg

C’est en juin 1915 que Nathan Katz est interné au camp de prisonniers de Nijni-Novgorod. Comme Etty Hillesum au camp de Westerbork, il écrit ce qu’il voit. Les paysages grandioses de la plaine russe en hiver. Mais aussi, sous forme de courtes nouvelles, des portraits : un camarade de détention, une infirmière…

Cela aurait pu n’être que le témoignage d’un soldat prisonnier de guerre en Russie de juin 1915 à août 1916. Mais c’est le premier livre de Nathan Katz et il préfigure déjà toute son œuvre. Autodidacte passionné de littérature, jeté dans la guerre et blessé à 21 ans, il passe tout le temps de sa captivité à une seule chose : travailler sur lui-même. Et ce travail est avant tout, comme le proclame le sous-titre du livre, Un combat pour la joie de vivre : « J’aimerais bien savoir, écrit-il, qui pourrait m’interdire de me sentir libre ici, dans un camp de prisonniers, entouré de hauts murs certes, mais où le soleil brille dans la cour.» Ne croirait-on pas lire le journal d’Etty Hillesum au camp de Westerbork ?

Écrit en langue allemande (l’Alsace était annexé au Reich depuis la défaite de 1870), Das Galgenstüblein raconte le devenir d’une conscience qui, jetée dans la mêlée d’une guerre, parvient à se former et à se dépasser en se hissant à l’universel. « Ce n’est sans doute pas un chef d’œuvre littéraire, écrit Jean-Paul Sorg dans sa préface. C’est mieux que cela ! C’est une confession singulière, à nulle autre pareille, qui prend place doucement – à pas de colombe – dans le champ de la littérature spirituelle mondiale, cent ans après sa première édition. »

Arfuyen a publié la quasi-totalité de l’œuvre de Katz, découverte grâce à Guillevic, et récemment encore Annele Balthasar, Prix Nathan Katz 2018. Le présent ouvrage, écrit en allemand est le premier livre écrit par Nathan Katz. C’est aussi un précieux document sur les camps de prisonniers en Russie durant la Grande Guerre.

Ayant vraiment commencé d’écrire en français en 1945, l’Alsace, région riche et centrale de l’Europe, possède une littérature de premier plan en langues allemande et alémanique. Compte tenu des événements de 1940-1945, ce patrimoine n’a pas réédité en langue originale ni traduit en français.

Issu de la communauté juive du sud de l’Alsace, Katz est l’un des plus grands auteurs de l’Alsace au xxe s. par l’universalité de ses thèmes et le rayonnement spirituel de sa personnalité.

♦♦♦ Voir l’article de Patrick Corneau 

Coll. Les Vies Imaginaires – 168 p. – 2020 – ISBN 978-2-845-90297-8 – 16 €