Conversations avec Rainer Maria Rilke

suivi de De Paris à Strasbourg et Colmar avec Rilke, de Camille Schneider

La personnalité énigmatique et brillante de Rainer Maria Rilke (1875-1926) fascine tout autant que son œuvre. Mais les photos de lui sont aussi rares que les témoignages de personnes l’ayant vraiment bien connu.

Maurice Betz (1898-1946) est certainement celui en France qui l’a le mieux connu. Enfant d’une Alsace annexée et donc germanophone, il a été tout à la fois le traducteur, l’ami et le confident de Rilke.

Rilke comme si on était avec lui, comme si on l’écoutait : « Rilke arrivait chez moi, raconte Betz, d’ordinaire un peu après dix heures. Lorsque son coup de sonnette ne résonnait qu’à onze heures, c’était que, profitant du beau temps, il avait traversé le Luxembourg. »

De l’Hôtel Foyot, rue de Tournon, où habitait Rilke, au 1 rue Médicis où était l’appartement de Betz, dominant les jardins, il n’y avait que quelques pas.

Rilke et Betz travaillaient à la traduction des Cahiers de Malte Laurids Brigge : « Avec quelques interruptions, notre collaboration se prolongea ainsi pendant plusieurs mois. Je ne suis pas loin de soupçonner Rilke d’avoir mis une secrète complaisance à faire durer ces conversations. »

Elles portent sur les sujets les plus variés : de la poésie et la traduction aux paysages de France et à la Russie, mais aussi bien aux chiens et aux chats. Betz n’a pas 30 ans, il est ébloui. Mais il consigne ces propos et nous pouvons les partager aujourd’hui.

Un de ces jours où Betz travaille avec Rilke, le jeune Camille Schneider rend visite à son compatriote Betz. « Vous avez dû croiser Rilke dans l’escalier, lui dit Betz. Si vous voulez le voir de près, allez au jardin du Luxembourg. Vous le trouverez sur l’un des premiers bancs, au milieu des pigeons. »

Schneider s’y précipite : « Venez, lui dit Rilke, je voudrais voir le Luxembourg avec vous. » Ils marchent, et au moment de se séparer : « J’aimerais revoir Strasbourg avec vous, et Colmar. »

Car c’est à Strasbourg que Rilke a publié son premier recueil, en 1897. Et Rilke souhaite également se rendre à Colmar pour contempler le fameux Retable d’Issenheim de Matthias Grünewald.

Le départ se fait le soir-même. Et là encore le détail de ce voyage étonnant avec Rilke nous a été conservé. Comme si nous y étions…

Coll. Les Vies imaginaires – 2022 – 18,50 euros – ISBN 978-2-845-90325-8